La consommation de vidéos à vitesse accélérée : impact potentiel sur les capacités cognitives des jeunes

La consommation de vidéos à vitesse accélérée : impact potentiel sur les capacités cognitives des jeunes

09.12.2025 17:46
2 min de lecture

Un nombre croissant de jeunes adeptes du visionnage et de l’écoute de contenu en ligne à vitesse accélérée semble révolutionner notre rapport à l’apprentissage. Selon une enquête menée par l’Université de Californie en 2021, 85 % des étudiants en premier cycle ont affirmé regarder des vidéos éducatives à une vitesse supérieure à la normale. Cette tendance, touchant aussi bien les cours en ligne que les séries sur des plateformes comme Netflix et les podcasts, a été mise en lumière par un reportage de franceinfo publié le 2 décembre, rapporte TopTribune.

Un exemple poignant est donné par une étudiante qui commente : « Les cours que j’apprends ne me suffisent pas, du coup, je vais sur YouTube et j’écoute des cours que je mets en x1,5. Je capte les informations et ça me permet de gagner du temps. » L’engouement pour le « speed-watching » et le « speed-listening » interpelle les spécialistes, qui s’interrogent sur les bénéfices de cette approche.

Quels avantages ?

Les bénéfices potentiels d’un visionnage accéléré s’avèrent multiples, selon Marcus Pearce, maître de conférences en sciences cognitives. « Cela peut améliorer la productivité et permettre des pauses plus fréquentes », explique-t-il. Pour les étudiants, la possibilité de revoir les vidéos à deux reprises ou de revenir sur des passages difficiles peut même enrichir l’apprentissage. Une vitesse plus élevée peut également réduire l’ennui et aider à maintenir la concentration, il est donc courant que les amateurs de séries absorbent plus de contenu sans y consacrer plus de temps.

Marcus Pearce souligne aussi que le cerveau s’adapte avec le temps, permettant aux individus d’améliorer leur compréhension des discours rapides par la pratique. Certains utilisateurs rapportent avoir appris à préférer ces vitesses plus élevées.

Les premiers effets négatifs à x2 ?

Toutefois, l’impact de cette tendance sur la cognition est nuancé. Les recherches indiquent qu’une vitesse de lecture de x1,5 n’entrave généralement pas la concentration ni la mémorisation, mais les effets deviennent préoccupants à partir d’une vitesse de x2. Marcus Pearce avertit que cela dépend également de facteurs tels que le débit de parole de l’orateur et la complexité du contenu.

La mémoire de travail, qui est essentielle pour le traitement rapide des informations, pourrait être débordée par des vitesses accrues. « Les vitesses de lecture plus rapides peuvent saturer cette mémoire, entraînant un stockage d’informations moins fiables », précise Pearce.

Il intervient alors sur les préoccupations relatives à la fatigue cognitive et ses conséquences sur l’attention. L’absence de données concluantes rend toute affirmation sur des troubles potentiels encore spéculative. Cependant, il appelle à la prudence face à une utilisation prolongée de cette méthode d’apprentissage.

Une étude de 2023 met en relief une distinction notable : les jeunes adultes semblent mieux adaptés au speed-watching que les personnes âgées, qui éprouvent souvent des difficultés à mémoriser à des vitesses accrues. Les auteurs soulignent que les jeunes progressent mieux dans des contextes de vitesse élevée, tandis que cette pratique pourrait être des plus néfastes pour des groupes d’âge plus avancés.

À noter : Les jeunes adultes sont généralement mieux armés pour cette pratique, qui pourrait alors amoindrir les distractions mentales, souvent plus présentes chez les seniors. Les résultats soulignent ainsi un besoin d’adaptation en matière de consommation de contenu éducatif et récréatif selon l’âge.

Source  : Interview de Marcus Pearce, Inserm, UCLA, Franceinfo, Memory

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