En 1965, un générateur nucléaire alimenté au plutonium, déployé par une mission secrète de la CIA et des services indiens sur les pentes du Nanda Devi, dans l’Himalaya, destiné à espionner les essais de missiles chinois, a été perdu dans un glacier. Cette opération, toujours non reconnue officiellement par Washington, suscite encore aujourd’hui des inquiétudes environnementales en Inde, rapporte TopTribune.
Une opération secrète risquée. Au cœur de la Guerre froide, alors que les États-Unis et l’Inde tentent de surveiller la montée en puissance nucléaire de la Chine, la CIA met en place une mission audacieuse en installant un dispositif d’écoute avec un générateur nucléaire portable SNAP-19C. Ce dernier contient notamment du Pu-238, décrit par Jim McCarthy, le dernier membre américain survivant de l’expédition, comme « ce satané truc » qui « était très chaud ».
Composée d’alpinistes américains et indiens, l’équipe, sous la direction du capitaine indien MS Kohli, s’engage dans une ascension périlleuse. Cependant, en octobre 1965, un terrible incident survient : « Nous étions à 99 % morts », se rappelle Sonam Wangyal, évoquant les tempêtes, le froid mordant et l’épuisement.
Pour sauver ses hommes, Kohli ordonne de renoncer à l’opération et d’arrimer le matériel au camp 4 avant de regagner le camp de base. Au printemps suivant, le matériel a disparu, probablement englouti par le glacier. Jim McCarthy a exprimé son inquiétude : « On ne peut pas laisser du plutonium près d’un glacier qui alimente le Gange ! » Sa crainte était que cela puisse avoir de graves conséquences.
La CIA se montre alors alarmée en privé : « Oh mon Dieu, ça va être très, très grave », rapportera Kohli, reconnu à l’époque pour ne pas avoir mesuré la dangerosité réelle de l’appareil lors de son déploiement.
Minimisation officielle et peur durable
Ce n’est qu’en 1978 que l’affaire sempiternelle est révélée. Un comité scientifique indien conclura qu’il n’y a « aucune raison de s’inquiéter » pour le Gange à court terme, considérant le risque de contamination comme « négligeable ». Néanmoins, la population locale, des écologistes ainsi que certains responsables politiques restent préoccupés, surtout face à l’impact du réchauffement climatique qui accélère la fonte des glaciers.
Soixante ans après cet incident, le générateur nucléaire est toujours considéré comme « potentiellement dangereux » par les responsables indiens. « Les matières radioactives sont juste là, sous la neige », indique le ministre régional Satpal Maharaj, qui exhorte à « déterrer cet engin et dissiper toutes les craintes ».