Suite aux révélations du média Mediapart concernant des propos antisémites attribués à Jordan Bardella pendant son adolescence, la question de l’influence idéologique de l’extrême droite sur la jeunesse se trouve à l’ordre du jour. Benjamin Tainturier, chercheur spécialisé dans l’extrême droite sur Internet, souligne l’impact majeur d’Alain Soral, une figure controversée, sur cette génération, rapporte TopTribune.
Jordan Bardella et l’essor d’Alain Soral dans l’extrême droite
Jordan Bardella a rejoint le Front National en 2012, à seulement 17 ans. À cette époque, Alain Soral était une personnalité prédominante de l’extrême droite radicale, ayant acquis une réputation au cours des années 2000 jusqu’à 2015-2016. Pionnier parmi les youtubeurs politiques d’extrême droite, Soral a été progressivement remplacé par d’autres figures telles que Le Raptor Dissident. Cependant, il a initialement créé un contenu qui a captivé un large public, distingué par son format télévisuel et une approche conversationnelle.
Durant cette période, Bardella et sa génération ont été nourris par ces contenus, considérant Soral comme un modèle influent. Il a également été présent à la télévision, participant à des programmes populaires tels que « On n’est pas couché », ce qui montre que son audience s’étendait bien au-delà d’Internet.
Les éléments séduisants du discours de Soral
Soral se présente comme un « homme total », capable d’attirer la fascination par un discours viril et une image de sportif, tout en se positionnant comme un intellectuel. Son ancien statut de chroniqueur dans l’univers de la mode conférait aussi un attrait supplémentaire, mêlant glamour et idéologie. Cette combinaison de style de vie et d’idéologie antisémite a alors séduit de nombreux jeunes en quête de modèles.
Son site Égalité & Réconciliation a joué un rôle crucial dans la diffusion de ses idées, produisant une grande quantité de contenus et faisant émerger de nouvelles figures comme Vincent Lapierre. Le merchandising associé à son discours illustre une stratégie efficace pour capter l’attention des jeunes et mêler antisémitisme à d’autres idéologies complotistes et masculinistes.
Les fondements idéologiques de son antisémitisme
L’antisémitisme de Soral emprunte directement aux thèses d’Édouard Drumont et aux « Protocoles des sages de Sion », le présentant comme l’élément central d’un prétendu complot visant à contrôler les nations et à manipuler les gouvernements. Sur le plan politique, Soral établit des parallèles avec la France d’avant l’affaire Dreyfus et tente de promouvoir une vision qui mêle syndicalisme révolutionnaire et monarchisme, comme le montre son intérêt pour le Cercle Proudhon.
Cette approche fusionne des éléments de gauche et de droite, se présentant comme une alternative aux idées dominantes, et reflète des tendances fascistes telles que décrites par l’historien Zeev Sternhell.
Le déclin de l’influence de Soral depuis 2015
Après 2015, la perte d’influence de Soral est devenue évidente, exacerbée par les attentats qui ont révélé les conséquences destructrices des discours de haine. De plus, une stagnation de son propre discours, qui devenait répétitif, a contribué à son marginalisation. La modération croissante de YouTube contre la désinformation, surtout après la pandémie de Covid-19, ainsi que l’émergence de nouveaux acteurs mieux adaptés aux nouvelles normes d’Internet, ont parachevé son déclin.
