Le 4 septembre dernier, dans un café de la Presqu’île de Lyon, Jean-Michel Aulas a provoqué l’étonnement en convoquant une conférence de presse de dernière minute pour annoncer sa candidature aux élections municipales « dans quelques jours », rapporte TopTribune.
Lors de cette annonce, Aulas était accompagné de deux figures de la droite : Pierre Oliver, maire Les Républicains du 2e arrondissement, qui a affirmé se « ranger » derrière lui, et Laurent Wauquiez, député LR, convaincu que l’homme d’affaires pourrait « remettre [la] ville dans la bonne direction ». Cette situation soulève la question de savoir si Aulas se présente réellement comme un candidat « sans étiquette » comme il l’affirme, ou s’il est déjà soutenu par la droite.
Un profil qui pouvait « ratisser large »
Homme d’affaires prospère et ancien dirigeant de l’OL, Jean-Michel Aulas se positionne en tant qu’entrepreneur issu de la société civile. Depuis plusieurs mois, il élabore une stratégie de candidature basée sur « son parcours », « son histoire ancrée localement » et « sa réputation ». Selon Paul Bacot, professeur en science politique, « son profil pouvait presque se suffire à lui-même et permettait de ratisser large, du centre gauche à la droite », mais cela pourrait devenir inquiétant pour l’administration actuelle.
Cependant, sa présence aux côtés de Wauquiez a brouillé son message. Bacot s’étonne de la manière dont l’annonce a été faite, déclarant que les images d’Aulas souriant et serrant la main de Wauquiez donnent l’impression qu’il est le « candidat » de l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et des Républicains. Or, son projet était censé reposer sur un « rassemblement multiforme ». En se présentant comme « sans autre appui notable local », Aulas risque de réduire ses chances d’incarner cette vision.
« Pas d’intérêt » de se rapprocher de la droite
Cette proximité avec la droite suscite des interrogations. Aulas n’avait « pas besoin d’aller chercher les LR », souligne-t-il, car il bénéficiait déjà d’une certaine sympathie auprès d’un électorat de droite, pour qui le succès économique est primordial. Bacot évoque ce rapprochement comme « triplement curieux » : les LR ne sont pas en bonne forme, Wauquiez est lui-même dans une situation délicate, et le soutien marqué à droite ne garantit pas le succès dans un contexte où l’électorat lyonnais a déjà montré peu d’appétence pour les candidatures de droite aux précédentes municipales.
Des refus à gauche qui pèsent lourd
La question de pourquoi Aulas s’est affiché avec Wauquiez reste sans réponse claire. Les analystes locaux suggèrent qu’il s’agit des refus de ralliements qui l’ont poussé vers cette option. Aulas souhaitait initialement se positionner sans étiquette, cherchant des soutiens à la fois à gauche et à droite, mais des discussions infructueuses avec des figures de gauche comme Georges Képénékian l’ont contraint à se rapprocher d’un camp qui avait besoin d’un candidat. « La droite a tout à gagner à préempter sa candidature. Mais, plus elle s’approprie son annonce, plus la gauche devient réticente à le rejoindre », conclut Meltz.
Vers une annonce officielle le 26 septembre ?
Malgré une fortune évaluée à plusieurs centaines de millions d’euros, Aulas ne se considère « pas comme un homme de droite ». Il se voit plutôt comme « le continuateur de Gérard Collomb », qu’il a côtoyé lorsque l’ancien maire était socialiste. Bien que difficile à classer à gauche ayant investi dans un stade, il se sent proche d’une gauche « parcimonieuse, créatrice de richesse mais soucieuse de redistribution », selon Romain Meltz.
Pour cette raison, Aulas retarde l’annonce officielle de sa candidature, cherchant à rebâtir sa liste avec des membres de la société civile et des représentants de gauche. Reste à voir s’il pourra élargir son socle avant le 26 septembre, date à laquelle il a promis d’« officialiser » sa candidature.