L’ISF a longtemps été défendu en raison de ses principes d’équité, mais a également suscité des critiques quant à son efficacité. Selon une étude menée par Rexecode en janvier 2026, un impact macroéconomique négatif et un rendement public “net” très défavorable relancent le débat, notamment en raison des comportements d’évitement fiscal et de l’émigration des contribuables. D’autres recherches, y compris celles du Conseil d’analyse économique, révèlent également que les effets agrégés sont moins prononcés, mais demeurent négatifs. La complexité de la situation réside non seulement dans l’analyse politique, mais aussi dans les défis méthodologiques liés à l’évaluation des conséquences les plus coûteuses, à savoir les activités qui ne se déroulent pas en France ou qui ont quitté le territoire, rapporte TopTribune.
Un diagnostic inquiétant selon Rexecode : un impôt aux rendements douteux
Dans un document de travail diffusé début janvier 2026, Rexecode présente un examen général de l’impôt sur la fortune en France sur quarante ans. L’étude s’appuie sur des sources administratives de la DGFiP et adopte une approche d’évaluation dynamique. Il distingue les recettes directes d’une part et les pertes de recettes dues aux comportements des contribuables d’autre part, qu’il s’agisse de départs ou d’optimisation fiscale. Selon Rexecode, les rentrées fiscales perdues atteindraient environ 9 milliards d’euros alors que les recettes annuelles varient entre 2 et 5 milliards. De plus, la perte de revenu national à la fin de la période pourrait être estimée entre 19 et 24 milliards d’euros, soit environ 0,5 à 1 point de PIB. Rexecode conclut que de nombreux pays européens ayant institué un impôt sur la fortune dans les années 90 l’ont abrogé à cause de son inefficacité face aux inégalités et de son rendement limité.
La complexité de l’exil fiscal : mesurer les pertes d’activité
L’approche du “coût global” souligne que la localisation des activités financières change selon les incitations fiscales. Rexecode met en avant la réactivité des redevables aux modifications fiscales et les fluctuations du régime au fil du temps, en utilisant des données fournies par l’administration fiscale. Toutefois, le défi ne réside pas uniquement dans le comptage des départs, mais dans la mesure des impacts sans doublons, notamment les pertes de recettes fiscales liées aux revenus, aux prélèvements sociaux, à la TVA et aux impôts directement liés à l’activité économique censée être réalisée en France en l’absence de départs. Une frange de ces coûts reste mal quantifiée, notamment en ce qui concerne l’innovation, l’entrepreneuriat et les investissements, qui ne laissent pas toujours de traces explicites dans les données fiscales.
Les études additionnelles : un impact économique modeste mais significatif
Les recherches récentes du Conseil d’analyse économique apportent une perspective nuancée. Bien qu’il confirme que la fiscalité du patrimoine influence l’émigration des contribuables aisés, l’effet est jugé relativement limité sur un groupe restreint ; les hauts patrimoines contribuent de manière disproportionnée au fardeau fiscal en France. Ce phénomène existe, mais son impact macroéconomique sur l’économie française pourrait ne pas être aussi alarmant que certaines analyses médiatiques le laissent entendre. D’autres évaluations menées par France Stratégie et l’IPP mettent en lumière les impacts observables, tels que les investissements et l’emploi, mais ne tranchent pas sur le coût total à long terme de l’ISF, celui-ci étant largement influencé par des facteurs invisibles dans les statistiques. Il est essentiel pour un décideur public de juger un impôt sur la fortune non seulement sur son rendement direct, mais aussi sur son rendement net après comportements, en restant prudent quant aux aspects non mesurables.
De plus, un aspect souvent négligé est que les départs ne touchent pas exclusivement les gros contribuables, mais aussi de jeunes talents fuyant un climat perçu comme défavorable. De nombreux diplômés des meilleures institutions choisissent de s’établir aux États-Unis, où ils créent des entreprises qui génèrent des revenus qui échappent au fisc français.
En conclusion, les différentes analyses révèlent que l’ISF est davantage un impôt porteur d’idéologie qu’un instrument efficace. Les chercheurs s’accordent généralement sur le fait que les impacts sont négatifs, bien que les avis diverge sur leur ampleur. Pour certains, les conséquences sont mineures, tandis que pour d’autres, elles nuisent considérablement à l’économie française. La raison de cette attention sur la fiscalité du patrimoine semble avant tout électorale, car ces mesures se révèlent populaires malgré leur impact néfaste sur l’économie française et les finances publiques.