La situation le long de la Garonne est décrite comme étant d’une ampleur « historique », le fleuve débordant sur plusieurs centaines de mètres entre le nord d’Agen et le sud de Bordeaux. Ce mardi marque le sixième jour d’alerte maximale, les autorités craignant une nouvelle augmentation du niveau de l’eau au cours des prochaines 24 heures en raison des pluies tombées sur ses affluents, comme l’a indiqué Lucie Chadourne-Facon, directrice du service de Vigicrues, « Il y a une descente actuellement qui se met en place », rapporte TopTribune.
Face à la montée des eaux, des voix s’élèvent, critiquant un entretien insuffisant du fleuve, accusé d’aggraver la situation. Emma Haziza, hydrologue et présidente du Mayane Resilience Center, souligne pourtant que « tous les cours d’eau sont plutôt bien sécurisés et analysés en France, même si la question revient beaucoup dans des moments de crise ». Une opinion qui semble diverger de la perception publique selon laquelle le mauvais entretien pourrait être à l’origine des inondations.
Des idées reçues à revisiter
Haziza insiste sur le fait qu’il n’y a pas de risque d’inondation simplement en raison du manque d’entretien, bien que cela puisse aggraver des situations locales sur des petits cours d’eau. Pour un fleuve de la taille de la Garonne, l’impact du manque d’entretien sur les inondations est minimal. De plus, elle déclare que le curage excessif peut avoir l’effet inverse, en destabilisant le lit du fleuve et les berges, tout en nuisant à la biodiversité.
Elle mentionne d’autres facteurs préoccupants comme l’intensité des pluies, les sols saturés, l’urbanisation croissante et l’imperméabilisation des sols. Haziza conclut que l’aménagement excessif des lits majeurs des cours d’eau a conduit à cette situation critique où « l’eau reprend son lit, mais à son ampleur maximum ».
Les digues sous le feu des critiques
Les élus locaux, à l’image de Cédric Gerbeau, maire de Saint-Macaire, mettent également en cause le mauvais entretien des digues, essentielles pour protéger les habitations. Gerbeau déplore que sa commune soit contrainte d’assumer seule l’entretien de ses digues, un effort qu’il qualifie de coûteux et qui contraste avec le désengagement de l’État.
La gestion des milieux aquatiques, depuis 2018, a été déléguée aux intercommunalités, qui se plaignent de l’« insoutenabilité financière » de cette charge. David Lartigau, maire de Semens, précise qu’un kilomètre de digue peut coûter jusqu’à un million d’euros. Avant, ces travaux étaient pris en charge par des Associations Syndicales Autorisées, mais leur abandon par l’État a rendu la situation difficile d’un point de vue financier.
Un désengagement de l’État pointé du doigt
La communauté de communes du Sud Gironde, pour sa part, refuse de prendre en charge l’entretien des digues en raison des coûts prohibitifs. David Lartigau évoque la réponse du gouvernement, qui ne soutiendrait pas financièrement cette initiative, arguant que le nombre d’habitations dans cette zone est trop faible par rapport à d’autres territoires.
Lors d’une visite à Cadillac-sur-Garonne, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a réagi en déclarant que les collectivités locales ont désormais cette responsabilité, tout en leur permettant de lever une taxe pour financer l’entretien, estimée à 40 euros par habitant et par an. Toutefois, David Lartigau fait valoir que beaucoup de collectivités choisissent de ne pas maximiser cette ressource et appelle à un véritable engagement de l’État dans la gestion des inondations et la préservation de la sécurité des populations.
Cette situation complexe met en lumière la nécessité d’une meilleure coordination entre l’État et les collectivités pour faire face aux enjeux croissants liés aux inondations en raison du changement climatique et à l’urbanisation. Les inondations de la Garonne représentent non seulement une crise environnementale mais aussi un défi pour la gouvernance locale et nationale, soulevant ainsi des questions urgentes sur les infrastructures de prévention et de secours, souvent jugées obsolètes dans le contexte actuel.