La renomination de Sébastien Lecornu en tant que Premier ministre a plongé le bloc des partis macronistes dans la confusion, rendant difficile toute déclaration claire sur une participation au gouvernement ce dimanche 12 octobre, tandis que ses figures de proue subissent une chute significative dans les sondages, rapporte TopTribune.
Le MoDem dirigé par François Bayrou, le parti Horizons d’Édouard Philippe ainsi que Renaissance, présidé par Gabriel Attal, semblent déconcertés par cette décision qu’ils n’avaient pas souhaitée, considérant cela comme une nouvelle prolongation de la crise politique.
Ira ? Ira pas ?
Dans un contexte où le parti Les Républicains, suivi par les centristes de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), a choisi de se retirer du gouvernement au prix de tensions internes, le MoDem et Horizons évoquent la possibilité d’un soutien sans participation active.
Dans un communiqué diffusé samedi soir à l’AFP, Marc Fesneau, chef des députés du MoDem, a promis « l’engagement total » de son parti, tout en soulignant la nécessité de « connaître totalement les intentions du gouvernement ». Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui aspire à conserver son poste, a quant à lui affirmé qu’il n’y a « pas de raisons pour lesquelles le MoDem se déroberait devant ses responsabilités ».
Horizons partage la même incertitude : « Nous attendons ce que va proposer le Premier ministre », a conclu Édouard Philippe lors de sa dernière réunion de bureau politique.
Questionnements dans le camp présidentiel
Chez Renaissance, Gabriel Attal, qui a récemment rompu ouvertement avec Emmanuel Macron, se limite à déclarer sur X que la reconduction de Sébastien Lecornu (membre de Renaissance) est « la décision du président de la République », tout en affirmant que ses députés resteront persuadés de soutenir l’adoption du budget 2026.
Quelques jours plus tôt, l’ancien Premier ministre avait appelé le chef de l’État à « partager le pouvoir ». De plus, Agnès Pannier-Runacher, une des figures historiques du macronisme, a affirmé ce dimanche que son refus de rejoindre le nouveau gouvernement était « définitif », en plaidant pour la nomination d’un Premier ministre de gauche.
De nombreux acteurs au sein de ce bloc central craignent que le maintien de Sébastien Lecornu soit perçu comme une mainmise sur le pouvoir. Ils craignent également qu’un accord de non-censure avec le Parti socialiste n’entraîne une dilution des acquis du macronisme, en particulier la réforme des retraites de 2023.
« Une déculottée »
La question se pose alors : faut-il rompre complètement avec le président de la République ? Tandis que Gabriel Attal et Édouard Philippe ont décidé de franchir le pas, ils en subissent les conséquences, comme l’indiquent les sondages.
Une enquête Ipsos BVA publiée par la Tribune Dimanche révèle une baisse de popularité notable pour Édouard Philippe (-3 points), Gabriel Attal (-5 points) et Gérald Darmanin (-5 points). Le président des Républicains et ministre démissionnaire de l’Intérieur, Bruno Retailleau, subit également une chute de 7 points.
« Une véritable déculottée », a commenté Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, soulignant que ces personnalités « ont donné le sentiment d’être dans des bisbilles personnelles, d’avoir contribué au désordre national pour des enjeux de campagne présidentielle ».
Un avertissement vient également d’un sondage Ifop, publié fin septembre, qui plaçait Édouard Philippe, autrefois en tête, à la merci du social-démocrate Raphaël Glucksmann en vue du second tour d’une éventuelle élection présidentielle.
Demandes de départ anticipé
Cette situation s’avère particulièrement pénible pour Édouard Philippe, premier chef de gouvernement d’Emmanuel Macron, qui envisage une candidature à l’Élysée et construit sa stratégie sur les sondages. Opposé à l’idée d’une primaire, il mise sur les enquêtes d’opinion pour effectuer une sélection naturelle parmi les candidats de la droite et du centre.
Mardi dernier, il a provoqué une onde de choc en demandant à Emmanuel Macron de préparer un départ anticipé de l’Élysée, afin qu’une élection présidentielle puisse se tenir après l’adoption du budget, tout en dénonçant « l’affaissement de l’État » qui « n’est plus tenu ».
Concernant la rupture, Gabriel Attal a fait preuve de plus de prudence. « Comme beaucoup de Français », il a exprimé son incompréhension face aux décisions d’Emmanuel Macron, mais sans jamais appeler à son départ.
Source AFP