Gisèle Pelicot, figure marquante dans la lutte contre les violences faites aux femmes, a partagé ses réflexions sur le procès historique de son mari pour des actes de viol, dans un extrait de ses mémoires publié par Le Monde. Ce récit personnel, intitulé Et la joie de vivre, sera lancé à l’international le 17 février 2026, traduit en 22 langues, rapporte TopTribune.
Le procès tenu à Avignon en 2024 a suscité une attention mondiale en raison de la gravité des accusations, du nombre d’accusés, et de la décision de Pelicot de demander une audience publique au lieu d’une procédure à huis clos.
« Je m’imaginais devenir otage de leurs regards »
« En repensant à ma décision, je réalise que si j’avais eu vingt ans de moins, peut-être que je n’aurais pas osé refuser le huis clos. J’aurais redouté les regards, ces horribles regards qu’une femme de ma génération a toujours subis », témoigne-t-elle dans cet extrait.
Peut-être la honte s’en va-t-elle d’autant plus facilement qu’on a soixante-dix ans, et que plus personne ne fait attention à vous. Je ne sais pas. Je n’avais pas peur de mes rides, ni de mon corps.
Pelicot exprime aussi un « sentiment diffus » avant le procès : « Lui (Dominique Pelicot), j’avais hâte de l’avoir en face de moi. Eux, je craignais leur nombre. » À l’approche de l’audience, elle s’imaginait en proie à leurs regards, leurs mensonges, et leur mépris. « Est-ce que je ne les protégeais pas en fermant la porte ? », s’interroge-t-elle.
Incrédulité
Son livre évoque également sa stupéfaction à la découverte, au commissariat, de photos d’elle lors des viols par soumission chimique :
Je ne reconnaissais pas les individus. Ni cette femme. Elle avait la joue si flasque. La bouche si molle. C’était une poupée de chiffon.
Le courage de Pelicot à demander la levée du huis clos ainsi que sa dignité tout au long du procès ont fait d’elle une figure emblématique dans la lutte contre les violences faites aux femmes. « Arrêtez de dire que je suis une icône. C’est malgré moi. Je suis une femme ordinaire qui a levé le huis clos », avait-elle martelé en octobre 2025 devant la cour d’assises d’appel du Gard, où le seul des 51 condamnés du dossier des viols de Mazan à avoir maintenu son appel fut rejugé.
Avec AFP.