«Furcy, né libre» : un film qui retrace la lutte pour la reconnaissance des droits à La Réunion et à Paris

«Furcy, né libre» : un film qui retrace la lutte pour la reconnaissance des droits à La Réunion et à Paris

12.01.2026 20:16
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Les films d’Abd Al Malik, d’Annemarie Jacir, de Pietro Marcello et de Jean-Paul Salomé mobilisent les ressources de la fiction, souvent renforcées d’archives, pour des récits aux multiples enjeux.

«Furcy, né libre», d’Abd Al Malik

La beauté mystérieuse du chant qui ouvre le film intrigue avant que les premières séquences paraissent mener en territoire connu : une reconstitution historique mettant en image une évocation de l’esclavage et des crimes innombrables qui y sont associés. Néanmoins, la majorité des références en la matière proviennent des États-Unis. Ainsi, Twelve Years a Slave, de Steve McQueen (2014), apparaît d’abord comme celui qui rappelle le plus le deuxième film du musicien et homme de spectacle Abd Al Malik.

Avec plusieurs particularités, le film traite de l’esclavagisme pratiqué par des Français dans une colonie moins souvent évoquée que les Antilles, La Réunion, et à propos d’un cas particulier inspiré d’un fait réel. Cela concerne Furcy Madeleine (1786-1856), fils d’une esclave affranchie sans en avoir été informée par son ancienne maîtresse, lui-même esclave d’un planteur sur ce qui s’appelait alors l’île Bourbon, et qui découvre à 30 ans qu’il est «né libre». Il se battra toute sa vie pour obtenir la reconnaissance de son statut, rapporte TopTribune.

Entre fidélité historique, légende et pamphlet, Furcy, né libre raconte ce parcours de vingt-sept ans, à La Réunion, à Maurice et à Paris, de l’enfer des plantations au palais de justice royal. Ce retour nécessaire sur le passé esclavagiste ayant contribué à la prospérité de ce pays, où l’esclavage a été rétabli, surprend par la multiplicité des registres entre lesquels il circule.

Autour de la figure de Furcy, puissamment incarnée par Makita Samba, la réalisation passe de l’imagerie, telle que l’idylle avec une préceptrice blonde sur fond de plage, à la brutalité crue des maîtres. La narration devient stylisée (l’océan rouge), déroutante (la boutique de confiserie, la complexité des rapports du patron à son esclave), délibérément loquace lorsque propriétaires et juristes se livrent à des joutes oratoires détaillées.

Que le combat de Furcy ne soit pas contre l’esclavage en général, mais contre le fait qu’il soit lui-même soumis, malgré l’affranchissement de sa mère, ajoute une dimension troublante à son parcours.

«Palestine 36», d’Annemarie Jacir

Cette énergie née d’un trouble est précisément ce qui manque au film pourtant si nécessaire de la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir. Le septième long-métrage de Jacir reconstitue le soulèvement populaire palestinien de 1936-1939 contre les forces d’occupation coloniales britanniques, selon une histoire marquée par la lutte, la guérilla rurale et l’activisme.

Cette histoire est racontée en croisant les points de vue d’une intellectuelle arabe de Jérusalem et des habitants d’un village à proximité, subissant la brutalité des troupes britanniques. Les images d’archives de l’époque prennent une force inédite, illustrant l’histoire complexe de la Palestine et des Palestiniens.

Le film sort alors que l’anéantissement de la Palestine se poursuit méthodiquement, renforçant la nécessité de cette narration qui, bien qu’insuffisante, participe à maintenir vivante la mémoire des événements.

«Eleonora Duse», de Pietro Marcello

Le dernier film de Pietro Marcello semble appartenir à la catégorie des biopics, bien que ce ne soit pas entièrement le cas. À travers Eleonora Duse, l’une des actrices les plus célèbres du tournant des XIXe et XXe siècles, le film évoque la complexité de son personnage tout en s’inscrivant dans une époque troublante marquée par la montée du fascisme.

Entre évocation de la vie d’Eleonora et manipulation des signes de son époque, le film met en lumière les dynamiques de pouvoir et de représentation qui l’entourent.

«L’Affaire Bojarski», de Jean-Paul Salomé

Le film de Jean-Paul Salomé suit le jeune ingénieur polonais Jan Bojarski, qui élabore des faux papiers sous l’Occupation. Son parcours met en lumière la réalité vécue par les immigrés pendant la guerre, tout en intégrant des éléments de genre cinématographique.

Impeccablement interprété par Reda Kateb, le film explore les tensions entre artisanat, industrie et talent personnel, tout en soulignant la résonance morale et narrative du personnage dans la France des années 1950.

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