Une feuille de route énergétique sous pression politique et industrielle, au cœur de la programmation pluriannuelle
Le jeudi 12 février 2026, Sébastien Lecornu dévoilera officiellement la programmation pluriannuelle de l’énergie lors d’un déplacement dans le Jura, en visitant les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans. Ce texte couvrira la période 2025-2035 et sera publié par décret au Journal officiel le 13 février 2026. Cette stratégie énergétique, longtemps attendue, vise à donner de la visibilité aux acteurs industriels, alors que les investissements et les emplois sont directement liés à cette programmation pluriannuelle, rapporte TopTribune.
La PPE fait l’objet d’attentes depuis presque trois ans, en raison des débats animés entre les partisans du nucléaire et ceux qui défendent un mix énergétique plus renouvelable. Un projet de loi avait d’abord été proposé au début de l’année 2024, mais il a été abandonné face à ce qu’on pourrait qualifier de « guerre des religions » entre pro-nucléaires et pro-renouvelables. Le gouvernement a finalement choisi un décret, jugé plus rapide. Roland Lescure a déclaré : « Ce décret s’inspirera de toutes les discussions menées avec les différentes parties », selon BFMTV. Il a ajouté que face à l’urgence géopolitique, économique, industrielle et climatique, la responsabilité de tous est d’avancer. Ce contexte met en avant la dimension énergétique, cruciale tant d’un point de vue économique que géopolitique.
Une stratégie énergétique marquée par le nucléaire et les renouvelables dans la programmation pluriannuelle
Cette feuille de route énergétique est fondée sur un double axe d’accélération. D’un côté, le gouvernement confirme l’inclusion de six réacteurs nucléaires de nouvelle génération de type EPR ainsi que « huit supplémentaires en option », selon BFMTV. Cette décision marque un changement par rapport à la programmation pluriannuelle précédente (2019-2024), qui prévoyait la fermeture de plusieurs réacteurs. De plus, des investissements sont annoncés « dans l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie » et l’éolien terrestre, toujours d’après BFMTV. Pour l’éolien terrestre, la priorité sera donnée au remplacement des équipements existants par des modèles plus performants afin de minimiser les tensions locales. Cette approche vise à établir un équilibre entre acceptabilité sociale et décarbonation.
Les enjeux énergétiques sont accentués par des chiffres inquiétants. D’après L’Info Durable, les énergies fossiles représentaient encore 60 % de la consommation énergétique française en 2026. Par ailleurs, d’après RTE, l’importation d’énergies fossiles a coûté 64 milliards d’euros en 2024, alors que l’exportation d’électricité n’a rapporté que cinq milliards d’euros. En revanche, la production d’électricité française est déjà décarbonée à 95 %, principalement grâce au nucléaire, selon BFMTV. Pour le solaire, Jules Nyssen, le président du syndicat des énergies renouvelables (SER), déclare dans L’Info Durable : « il y a déjà 30 GW de puissance installée en France, et 10 GW de projets autorisés en attente. Si la feuille de route fixait un objectif de production de 40 GW en 2030, cela équivaudrait à un moratoire car il n’y aurait alors aucune possibilité de développement. » Ainsi, cette programmation pluriannuelle reflète les attentes d’un secteur électrique en quête de prévisibilité.
Une bataille énergétique frontale avec le RN et Bruno Retailleau sur fond de souveraineté
La publication de cette feuille de route énergétique suscite une réaction politique immédiate. Bruno Retailleau, président des Républicains, demande au gouvernement de renoncer à la publication de la PPE et souhaite mettre « un terme au financement public » des énergies renouvelables, selon BFMTV. Marine Le Pen, pour sa part, exprime des critiques virulentes. Pour la dirigeante du RN, la publication de ce décret constitue « une faute démocratique », une « folie », un « choix brutal ». Elle estime également que « Les coûts énergétiques, tant pour l’électricité que pour le gaz et les carburants, sont excessifs et risquent de nuire au pouvoir d’achat des Français ainsi qu’à la compétitivité des entreprises », d’après Le Parisien.
Le RN évalue l’impact à 300 milliards d’euros et conteste la méthode de promulgation du décret. Marine Le Pen qualifie cela de « lourde faute du Premier ministre », selon BFMTV. En réponse, Sébastien Lecornu a affirmé sur X : « La véritable faute serait de ne rien entreprendre ». Il évoque également une « dépendance géopolitique » qui est devenue « dangereuse ». Dès lors, l’énergie devient une pierre angulaire stratégique. Comme l’indique Jean-Philippe Tanguy dans Le Parisien : « Si l’économie est un organisme, l’énergie, c’est le sang ». Ainsi, cette programmation pluriannuelle devient le symbole d’un affrontement idéologique entre souveraineté énergétique, pouvoir d’achat et transition climatique, alors qu’une clause de réexamen est prévue en 2027.