L’université française sera-t-elle contrainte de demander aux étudiants une contribution plus importante pour compenser la diminution de ses ressources ? Un rapport commandé par le gouvernement évoque désormais la possibilité de multiplier par presque cinq les frais d’inscription, une mesure polémique présentée comme un des moyens d’éviter la situation financière critique des établissements publics, rapporte TopTribune.
Augmentation significative des droits d’inscription
Les droits d’inscription à l’université pourraient être considérablement révisés dans un avenir proche. Le rapport préparé dans le cadre des Assises du financement des universités propose de fixer les frais annuels à 900 euros pour une licence et 1 300 euros pour un master. Cette proposition entraînerait une augmentation spectaculaire par rapport aux montants actuellement acquittés par les étudiants, soit 178 euros pour une licence et 254 euros pour un master.
Cette mesure représente une multiplication par cinq des frais tant pour la licence que pour le master. Ainsi, pour un cursus complet de cinq années, comprenant trois années de licence et deux années de master, le coût total pourrait atteindre 5 300 euros, contre seulement 1 042 euros en vigueur actuellement, sans prendre en compte les contributions relatives à la vie étudiante et au campus.
Bien que cette proposition ait été intégrée aux discussions en cours, elle n’a pas encore été validée par le gouvernement. Elle fait partie des suggestions formulées pour réformer le financement des universités, dont les dépenses augmentent plus rapidement que les revenus. Au moment du lancement des Assises, le ministère de l’Enseignement supérieur avait demandé que le rapport final présente différentes options en évaluant leurs répercussions « financières, réglementaires et organisationnelles », tout en respectant les objectifs de redressement des finances publiques.
Selon le document, le modèle de financement actuel ne pourra pas perdurer d’ici 2030 sans l’apport de nouvelles ressources. Le débat s’oriente donc vers une répartition plus équitable du coût de l’enseignement supérieur entre l’État, les établissements, les entreprises et les étudiants.
Une nécessité de nouvelles ressources
Les partisans de la hausse des frais soulignent l’insuffisance des droits d’inscription dans le financement des universités. Un rapport précédent, publié en janvier 2025 par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, a estimé le produit des droits d’inscription à 500 millions d’euros en 2023, ce qui ne représente que 2,7 % des revenus des établissements publics d’enseignement supérieur.
Le même rapport notait que les frais payés pour les licences et les masters ne couvraient qu’1,9 % du coût estimé des formations. Cette augmentation des droits d’inscription est considérée comme « le principal levier immédiatement mobilisable, pouvant exercer un impact significatif sur le modèle économique des établissements ».
Les rapports affirment également que les ressources propres des établissements se chiffrent à 4,4 milliards d’euros en 2023, soit 24 % de leurs recettes. Il est donc essentiel de noter que la majorité de leur financement provient des subventions publiques, en particulier celles reçues de l’État.
La situation est d’autant plus complexe en raison de l’augmentation des effectifs, des coûts énergétiques, de l’entretien des infrastructures vieillissantes et de l’augmentation des charges salariales. Entre 2015 et 2024, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a crû de 15 %, passant de 2,58 millions à 2,97 millions, selon des études menées par la commission des finances du Sénat. Au cours de cette période, la capacité d’autofinancement des établissements a chuté de 25 %, tandis que leurs dettes financières ont atteint 866 millions d’euros.
Mesures d’allègement pour atténuer l’impact de la hausse
La réforme envisagée ne se limiterait pas uniquement à une augmentation uniforme des frais. Le rapport suggère de garantir les exonérations actuelles pour les étudiants boursiers et d’adapter les aides afin que l’augmentation des frais ne limite pas l’accès à l’enseignement supérieur.
Cette question revêt à la fois un aspect juridique et social. Suite à une décision du Conseil constitutionnel du 11 octobre 2019, l’exigence constitutionnelle de gratuité s’applique à l’enseignement supérieur public, sans pour autant interdire des droits d’inscription tant qu’ils demeurent modestes et que l’égalité d’accès aux formations est préservée. Le Conseil d’État évalue notamment ce caractère modique en prenant en compte le coût des formations et les dispositifs d’aide ou d’exonération offerts aux étudiants.
Le rapport de l’IGF-IGÉSR avait déjà recommandé d’accompagner toute hausse par une réforme des bourses et l’élargissement des prêts étudiants garantis par l’État. Cependant, il mettait en garde qu’une partie des jeunes pourrait être réticente à poursuivre leurs études par crainte de l’endettement. Les auteurs rappelaient que « les étudiants concernés témoignent d’une aversion au risque susceptible de les dissuader de continuer leurs études supérieures ».
Les établissements pourraient également faire face à une augmentation des demandes d’exonération. Les recettes supplémentaires réellement perçues dépendraient alors du nombre d’étudiants boursiers, des barèmes retenus et des compensations versées par l’État.
Inquiétudes face à la précarité des étudiants
Les organisations étudiantes affirment que le montant des frais ne peut être dissocié du coût total des études. Des dépenses telles que le logement, la nourriture, les transports et l’énergie représentent déjà une part significative du budget mensuel des jeunes. La hausse projetée des frais interviendrait donc à un moment où de nombreux étudiants sont contraints de travailler durant l’année académique pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Selon une enquête réalisée en 2023 par l’Observatoire national de la vie étudiante, 20 % des étudiants ont déclaré rencontrer des difficultés financières les empêchant de satisfaire des besoins fondamentaux. Par ailleurs, 26 % des étudiants ont signalé des fins de mois difficiles ou très difficiles, avec 28 % affirmant avoir besoin d’une aide alimentaire.
Une augmentation des frais d’inscription pourrait également impacter les familles qui se situent juste au-dessus des plafonds d’éligibilité aux bourses. Ces ménages, n’ayant pas droit à une exonération mais ayant des revenus modestes, feraient directement face à cette hausse. Par exemple, pour deux enfants inscrits simultanément en master, le coût annuel pourrait ainsi atteindre 2 600 euros, avant de considérer la CVEC, le logement et les autres dépenses quotidiennes.
En somme, ce rapport remet en lumière une question qui a été politiquement délicate pendant des décennies : les frais que doivent payer les étudiants doivent-ils augmenter pour améliorer la qualité de l’enseignement universitaire, ou le financement doit-il rester principalement à la charge de la solidarité nationale ?