Épizooties en Europe : comprendre les menaces sanitaires à l'élevage moderne

Épizooties en Europe : comprendre les menaces sanitaires à l’élevage moderne

27.01.2026 10:46
3 min de lecture

Une épizootie, définie comme une épidémie chez les animaux, est de retour en Europe avec une intensité alarmante. La dermatose nodulaire bovine et d’autres maladies infectieuses ont refait surface depuis le début des années 2000, touchant de nombreux pays européens. Claire Gaillard, éleveuse de vaches laitières dans le Maine-et-Loire, a récemment subi les conséquences de la fièvre bovine (FCO) durant l’été dernier. Elle a fait état d’une réalité inquiétante : « C’est vrai que sur ces quatre dernières années, on est un peu servi », rapporte TopTribune.

Une histoire de mouche ?

Le développement de ces épizooties commence par l’introduction d’un agent infectieux dans un élevage, généralement par l’intermédiaire d’insectes piqueurs, comme c’est le cas pour la dermatose nodulaire. Certaines espèces de mouches, endémiques de Tunisie, Algérie et Libye, sont transportées en Europe grâce à l’accroissement des échanges mondiaux, notamment par voie maritime ou aérienne. Elles trouvent désormais un climat tempéré favorable à leur prolifération en raison du réchauffement climatique.

Céline Peudpièce, vétérinaire et consultante en santé animale, souligne cette tendance : « On observe une accélération de ces phénomènes d’épizooties, notamment due à l’accélération du réchauffement climatique. C’est quelque chose qu’on n’avait pas avant ». Ces insectes piquent les vaches non immunisées, contaminant ainsi la population bovine. La densité des animaux dans un élevage est un facteur clé dans la rapidité de la propagation des maladies.

Les élevages intensifs, des usines à pandémie ?

Un autre élément aggravant est la structure des élevages intensifs, qui fragilise les animaux. Cette fragilité résulte d’une sélection génétique poussée, favorisant l’uniformité au détriment de la diversité génétique. Ces populations homogènes sont particulièrement vulnérables aux agents pathogènes. De plus, la haute densité d’animaux dans un espace confiné facilite la circulation rapide des maladies.

Le confinement d’animaux génétiquement affaiblis favorise également la survie de virus pathogènes, comme le virus H5N1 de la grippe aviaire, qui est largement attribué à l’élevage intensif. L’usage fréquent d’antibiotiques pour prévenir les infections a aussi des conséquences néfastes, favorisant l’émergence de bactéries antibiorésistantes et compliquant ainsi la gestion des maladies animales.

Mondialisation et contact avec la faune sauvage

À plus grande échelle, la mondialisation contribue à la diffusion des épizooties. Agathe Gignoux, responsable à CIWF France (Compassion in World Farming), fait état des échanges d’animaux : « Les veaux mâles sont parfois envoyés dans d’autres élevages, comme en Italie, qui absorbe plus de 90 % de nos exportations d’animaux… d’autres foyers d’infection apparaissent alors ». La contamination se propage de manière exponentielle.

D’autres vecteurs de contamination incluent l’alimentation et le contact avec la faune sauvage, dont les habitats sont de plus en plus rétrécis à cause de l’expansion agricole. Les grippe aviaire et la peste porcine, propagées par les oiseaux sauvages et les sangliers respectivement, en sont des exemples révélateurs.

Une révolution dans la position de l’ANSES

Pour contrer ces risques d’épidémies animales, les institutions internationales se tournent vers des normes de biosécurité, établies par l’ONU dans les années 2000. L’ANSES recommande désormais de dédensifier tant géographiquement que dans la structure même des élevages, une évolution notable de sa position depuis 2022. Agathe Gignoux note que cette approche est cruciale : « Il est très important de la prendre en compte ».

Ce tournant s’explique par le risque de transmission des infections d’animaux à l’homme, une problématique particulièrement préoccupante, notamment avec des maladies comme la tuberculose et la Covid-19, considérées comme des zoonoses. Le contact étroit entre humains et élevages augmente les chances de transmission de pathogènes. Plus l’élevage devient standardisé et déséquilibré, plus le risque de pandémies mondiales se renforce.

En conclusion, alors que les épizooties continuent de poser un défi grandissant, il est impératif de repenser les pratiques d’élevage pour garantir non seulement la santé animale, mais aussi la sécurité sanitaire globale. La réponse à ces crises repose sur une collaboration entre les acteurs de l’agriculture, les chercheurs et les autorités sanitaires.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER