Emmanuel Macron se retrouve dès aujourd’hui au centre du jeu politique pour dessiner l’après-Bayrou. Après l’échec de son « ami » et donc aussi le sien – le chef de l’État va devoir choisir : nommer un troisième Premier ministre du socle commun, un issu du PS, opter pour la société civile ou se résoudre à une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale, rapporte TopTribune.
Emmanuel Macron avait encore appelé le gouvernement à la mobilisation autour de son « ami » François Bayrou lors du dernier conseil des ministres mercredi dernier. Une intervention de pure forme qui ne trompait personne ; le chef de l’État préparant déjà l’après. Pas question cette fois de tergiverser pour nommer le nouveau Premier ministre comme il l’avait fait pour Michel Barnier – 59 jours ! – ni peut-être de se lancer dans d’interminables consultations et tractations.
Il y a urgence pour doter la France d’un Budget et pour répondre aux 82 % des Français qui estiment navrant le spectacle des derniers jours donné par la classe politique qui n’est pas, selon eux, à la hauteur de la situation.
Le président de la République va devoir choisir entre quatre scénarios si l’on exclut la nomination d’un Premier ministre d’extrême droite venant du RN et sa démission de l’Elysée – souhaitée par 64 % des Français – qui provoquerait une présidentielle anticipée dont rêvent Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen…
Scénario 1. Encore une personnalité du centre droit
Première possibilité : choisir à nouveau un Premier ministre du bloc central – Renaissance, MoDem, Horizons – ou du socle commun – les mêmes plus les LR – en vertu de la conviction que c’est cet espace-là qui serait le plus à même de trouver une majorité fut-elle relative. Après l’échec du LR Michel Barnier et du MoDem François Bayrou, un tel choix paraît périlleux, mais le Président a tellement peur de voir ses choix économiques et son dogme fiscal remis en cause qu’il pourrait être enclin à retenter l’aventure une troisième fois.
Dans cette hypothèse, plusieurs noms circulent : Catherine Vautrin, actuelle ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles… qui avait failli être nommée à Matignon en 2022 avant d’être écartée au profit d’Elisabeth Borne sous la pression de Renaissance.
Autre prétendant : Sébastien Lecornu. Ex-LR devenu un fidèle du chef de l’État et un pilier macroniste, le ministre a souvent été pressenti lors des précédents remaniements mais il a encore dit le 31 août dernier qu’il n’était pas candidat.
Suivent l’actuel garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui rêve du poste, et tous les prétendants souvent cités par le passé comme le président LR de la Région des Hauts-de-France Xavier Bertrand, le maire de Troyes François Baroin, l’ex-Commissaire européen Thierry Breton, la patronne de la Banque centrale européenne Christine Lagarde ou encore le macroniste historique Roland Lescure, issu de l’aile sociale-démocrate de Renaissance.
Scénario 2. Le choix de la gauche
À l’issue des élections législatives de 2024, Emmanuel Macron aurait dû nommer à Matignon une personnalité issue de l’alliance de gauche du Nouveau Front populaire (NFP) qui était arrivée en tête du scrutin alors que les camps macronistes et LR avaient été sanctionnés. Il s’y est refusé. Treize mois plus tard, et après l’échec cuisant de MM. Barnier et Bayrou, Emmanuel Macron est à nouveau face à cette option… qu’il semble ne plus totalement écarter. Mardi dernier, il a demandé au socle commun de s’élargir en direction du PS, son ancienne famille politique.
Assurant, lors de l’université d’été socialiste de Blois, que le PS est « prêt » à succéder à François Bayrou, le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, s’est dit « à disposition » du Président. Mais pas question d’un gouvernement « et de droite et de gauche », Faure veut un gouvernement de gauche non-LFI qui ira chercher des compromis sans user du 49.3.
L’option de voir la gauche à Matignon a pris de la consistance. L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a exhorté le Président à « solliciter les personnalités » de gauche « qui sont susceptibles de constituer ce gouvernement ». Et jeudi, le patron des députés LR, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il ne censurerait pas un Premier ministre PS ou RN.
Mais qui choisir à gauche ? Outre celui d’Olivier Faure, un nom revient : celui de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a quitté le PS pour protester contre son alliance électorale avec LFI. Pressenti pour Matignon l’an passé, il avait essuyé des critiques et reçu un soutien très mou de ses anciens amis. Un an plus tard, la situation est différente, mais l’est-elle assez pour l’ex-Premier ministre.
D’autres noms ont circulé ces derniers jours comme Pierre Moscovici, premier président de la Cours des comptes, Jean-Yves Le Drian ou l’actuel ministre de l‘Économie Eric Lombard, proche d’Olivier Faure. Si Emmanuel Macron opte pour la gauche, il lui faudrait trouver une sorte de Castex de gauche…
Scénario 3. La société civile
Vu la piètre opinion qu’ils ont des personnalités politiques, 39 % des Français verraient d’un bon œil à Matignon un Premier ministre qui n’appartienne à aucun parti politique, donc issu de la société civile ou du monde de l’entreprise. Emmanuel Macron va-t-il aller dans ce sens ?
Plusieurs personnalités émergent pour cette hypothèse comme Laurent Berger. L’ancien secrétaire général de la CFDT a toujours dit non mais à circonstances exceptionnelles…
Le Président pourrait aussi se tourner vers les patrons au profil social : Pascal Demurger, directeur général de la MAIF, Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin de 2012 à 2019, puis de Renault depuis janvier 2019, ou encore Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone de 2014 à 2021.
Scénario 4. Une nouvelle dissolution de l’Assemblée
Dans un entretien à Paris Match cet été, Emmanuel Macron avait laissé entendre implicitement qu’il ne dissoudrait pas à nouveau l’Assemblée nationale. « Non. La dissolution, je l’ai faite, je m’en suis expliqué », avait-il lâché avant que son entourage n’explique qu’évidemment il disposait toujours de cet outil institutionnel.
C’est que la pression pour un retour aux urnes est dans l’air du temps, même si beaucoup de députés à gauche, au centre et à droite ne veulent surtout pas de nouvelles législatives qui pourraient s’avérer meurtrières. Et pourtant, plusieurs sondages montrent qu’une majorité de Français souhaitent une dissolution. Marine Le Pen – qui pourrait ne pas s’y présenter car condamnée à une peine d’inéligibilité – et Jordan Bardella martèlent à chaque intervention qu’un retour aux urnes est la solution. Nicolas Sarkozy s’est lui aussi prononcé en faveur de cette option. « Je suis persuadé qu’il n’y aura pas d’autre solution que la dissolution », a expliqué l’ex-Président, se plaignant qu’Emmanuel Macron n’écoute aucun de ses conseils depuis huit ans.
Le président LR du Sénat Gérard Larcher s’est, lui, prononcé farouchement contre toute nouvelle dissolution car, selon lui, elle n’apporterait pas plus de clarification politique que celle de 2024. Pas de clarification mais un risque de voir le RN augmenter ses troupes.
Selon Odoxa, le RN serait largement en tête des intentions de vote (31 à 31,5 %) devant une gauche unie (23,5 %), Ensemble (14 %) et LR (10,5 %). En cas de gauche divisée, une alliance PS-Ecologistes-PCF obtiendrait 16,5 %, devançant LFI (10 %).