Plusieurs raffineries indiennes ont relancé leurs achats de pétrole russe, marquant un ajustement pragmatique face aux contraintes du marché mondial. Le 2 janvier 2026, au moins trois pétroliers chargés de brut russe ont indiqué comme destination le complexe de raffinage de Jamnagar, sur la côte ouest de l’Inde, exploité par Reliance Industries Ltd., signalant une reprise des flux après une période de suspension partielle. Selon des informations de pétroliers chargés de pétrole russe en route vers Jamnagar, ces cargaisons témoignent d’un redémarrage mesuré des approvisionnements.
Le rôle central de Reliance dans le commerce du brut russe
D’après les données de la société d’analyse Kpler, Reliance, contrôlée par le milliardaire Mukesh Ambani, a été le premier acheteur mondial de pétrole brut russe sur la période 2024-2025. Entre janvier et novembre 2025, plus de 40 % des importations du site de Jamnagar provenaient de Russie. Cette stratégie a toutefois suscité de vives critiques de la part du président américain Donald Trump et de membres clés de son administration, dans un contexte de durcissement des sanctions occidentales contre le secteur énergétique russe.
Sanctions, ajustements et circuits alternatifs
Après l’inscription en septembre 2025 de Rosneft et Lukoil sur la liste noire américaine, Reliance avait annoncé cesser l’utilisation de pétrole russe dans la partie exportatrice de sa raffinerie. Depuis, le groupe affirme s’approvisionner uniquement auprès de producteurs russes non sanctionnés et réserver ces volumes au marché intérieur. Trois pétroliers transportant environ 2,2 millions de barils de brut Urals devraient arriver à Jamnagar dans la première décade de janvier 2026, des cargaisons associées à des négociants dont certains sont sous sanctions britanniques, une situation relatée dans les informations sur le retour des navires russes vers l’Inde. Un porte-parole de Reliance a néanmoins nié que ces cargaisons aient été achetées par le groupe.
L’Inde entre diversification et dépendance persistante
Reliance n’est pas un cas isolé. Les groupes publics Indian Oil Corp. et Bharat Petroleum Corp. continuent également d’acheter du pétrole russe via des transporteurs non sanctionnés, attirés par des rabais importants et par des marges de raffinage réduites. Parallèlement, New Delhi cherche à diversifier ses sources, comme en témoigne l’achat fin décembre 2025 par Indian Oil d’un premier cargaison en provenance de Colombie dans le cadre d’un contrat optionnel avec Ecopetrol. Cette démarche reflète une volonté plus large des raffineries indiennes, chinoises et turques d’adapter leurs stratégies plutôt que de rompre totalement avec le brut russe.
Perspectives pour 2026 et équilibres géopolitiques
Malgré les sanctions occidentales et la pression accrue sur la flotte dite « fantôme », l’Inde, la Chine et la Turquie demeurent des marchés essentiels pour le pétrole russe. Les analystes anticipent toutefois une réduction progressive des importations en 2026, sous l’effet de risques de sanctions secondaires, de coûts logistiques plus élevés et d’incertitudes financières. Pour Moscou, ces trois pays restent cruciaux afin de compenser la perte des marchés occidentaux, tandis que pour leurs acheteurs, l’enjeu sera de maintenir un équilibre entre avantage économique et exposition croissante aux contraintes géopolitiques.