Des machines allemandes contournent les sanctions et atteignent une entreprise russe via l’Ouzbékistan
Des machines allemandes contournent les sanctions et atteignent une entreprise russe via l’Ouzbékistan

Des machines allemandes contournent les sanctions et atteignent une entreprise russe via l’Ouzbékistan

14.11.2025 14:00
2 min de lecture

Un réseau de réexportation qui contourne les restrictions européennes

Le 13 novembre 2025, une enquête de CORRECTIV a révélé que des produits allemands continuent d’alimenter l’entreprise russe « Ouralkali » grâce à un schéma de réexportation impliquant l’Ouzbékistan. Les journalistes ont identifié que les importations ouzbèkes servent de corridor pour des composants provenant de fabricants allemands, notamment Köppern. Les pièces sont expédiées vers la filiale Etc U Stan à Tachkent avant d’être transférées en Russie, ce qui permet à « Ouralkali » — entreprise sous sanctions — de préserver ses chaînes d’approvisionnement technologique.

Les équipes d’investigation ont mis en évidence des envois présentant des valeurs, des poids et des descriptions parfaitement identiques, révélant une structure de réexportation stable et organisée. Ce schéma renforce l’hypothèse d’un système logistique mis en place pour contourner les restrictions européennes et maintenir les livraisons de matériel essentiel à l’industrie russe.

Les routes commerciales de l’Asie centrale au cœur du contournement

Depuis 2022, la Russie utilise activement les États d’Asie centrale et du Caucase du Sud pour contourner les sanctions imposées par l’Occident. Les échanges entre l’UE et des pays comme l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, l’Arménie ou la Géorgie ont nettement augmenté, ouvrant la voie à une redirection de marchandises européennes vers la Russie. Certains composants sensibles, interdits à l’exportation directe, y sont désormais produits ou assemblés avant d’être légalement expédiés vers Moscou.

En parallèle, la Turquie, les Émirats arabes unis et plusieurs pays du Golfe jouent un rôle croissant dans l’acheminement de technologies, d’équipements industriels et de composants électroniques qui finissent dans l’industrie de défense russe. Ces réseaux multiples consolidés permettent à la Russie de contourner une partie des mesures restrictives mises en place par l’UE et ses partenaires.

Un système de contrôle insuffisant qui laisse des failles

Plusieurs facteurs expliquent la capacité persistante de la Russie à contourner les sanctions. Dans de nombreux pays intermédiaires, les mécanismes de contrôle du réexport restent insuffisants, ce qui permet aux marchandises importées d’être redirigées sans surveillance stricte. À cela s’ajoute l’absence de sanctions secondaires, les pays occidentaux hésitant à exercer une pression sur les États intermédiaires pour ne pas compromettre leurs relations diplomatiques.

La Russie exploite ces failles en mettant en place des chaînes logistiques et financières parallèles. Grâce à ces mécanismes, elle continue d’obtenir des composants industriels essentiels, notamment dans les secteurs mécanique et électronique, malgré les restrictions mises en place depuis 2022.

Un impact direct sur les capacités militaires russes

Les lacunes du régime de sanctions ont un effet concret : la Russie continue de recevoir des éléments critiques pour la production d’armements. Les circuits de réexportation via l’Ouzbékistan — et d’autres pays — permettent l’approvisionnement en microélectronique, en pièces mécaniques et en technologies sans lesquelles son industrie militaire ne pourrait fonctionner normalement.

Le maintien de ce flux constant consolide les capacités industrielles russes et prolonge sa capacité à moderniser son équipement militaire. Ces découvertes montrent que les sanctions actuelles ne suffisent pas à bloquer les ressources essentielles au complexe militaro-industriel russe.

Un appel croissant à renforcer les sanctions et la surveillance

Face à ces contournements, de nombreux experts appellent à durcir la politique de sanctions. L’une des priorités consiste désormais à introduire des sanctions secondaires visant les États, entreprises et intermédiaires facilitant le transit de biens sensibles vers la Russie. Une telle mesure permettrait de limiter l’utilisation de corridors commerciaux comme ceux révélés grâce aux données douanières, qui mettent en lumière l’ampleur du phénomène.

Il devient tout aussi nécessaire de renforcer l’application des sanctions existantes et de réviser les mécanismes de contrôle mis en place depuis février 2022. Seule une coordination internationale plus rigoureuse pourrait réduire efficacement les possibilités de réexportation vers la Russie.

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