Des livres rares volés en Europe réapparaissent sur le marché russe
Des livres rares volés en Europe réapparaissent sur le marché russe

Des livres rares volés en Europe réapparaissent sur le marché russe

09.01.2026 13:45
2 min de lecture

Le 8 janvier 2026, la chaîne Telegram NEXTA Live a rapporté que le parquet polonais se prépare à engager des poursuites contre le propriétaire de la maison de ventes moscovite Litfond et ancien expert du ministère russe de la Culture, Sergueï Burmistrov. Les enquêteurs estiment qu’il aurait servi d’intermédiaire dans la revente de livres du XIXᵉ siècle dérobés à la bibliothèque de l’Université de Varsovie, destinés à des collectionneurs fortunés en Russie.

Selon l’enquête, une partie des ouvrages volés a été mise en vente lors d’enchères organisées à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Les autorités polonaises considèrent qu’un tel commerce de biens culturels inscrits dans des registres internationaux n’aurait pas été possible sans une tolérance tacite des autorités russes. En raison de la guerre et du contexte politique, l’audition de Sergueï Burmistrov est actuellement impossible, mais Varsovie prévoit de lancer un avis de recherche international.

Une opération criminelle structurée à l’échelle européenne

Le vol initial à Varsovie a été organisé par un ressortissant géorgien, Mikhaïl Zamtaradze, qui fréquentait la bibliothèque pendant des mois en se faisant passer pour chercheur. Il substituait méthodiquement des copies aux originaux, permettant la disparition progressive d’ouvrages de grande valeur.

Au total, 78 livres ont été dérobés à Varsovie pour une valeur estimée à environ un million de dollars, incluant des premières éditions de Pouchkine, Gogol, Lermontov et Krylov. Les investigations ont ensuite révélé l’existence d’un groupe criminel organisé de ressortissants géorgiens opérant selon le même schéma en Allemagne, en France, en Autriche et dans les pays baltes, portant à environ 170 le nombre total de livres rares volés dans des bibliothèques européennes.

Minsk, cryptoactifs et contournement des sanctions

Les ouvrages subtilisés étaient acheminés via Minsk, tandis que les paiements aux exécutants s’effectuaient en cryptomonnaies. Ce mode opératoire met en évidence l’adaptation des réseaux criminels à l’environnement des sanctions et aux contrôles financiers renforcés.

Mais au-delà de la logistique, les enquêteurs soulignent un élément central : les biens culturels volés ne sont pas simplement dissimulés, ils sont écoulés publiquement sur le marché russe. Le recours aux enchères dans de grandes métropoles crée une apparence de légalité, brouillant la frontière entre commerce licite et trafic illicite dans un contexte où les mécanismes de contrôle apparaissent largement inefficaces.

Une zone grise juridique autour du marché russe

L’impossibilité de coopérer avec les autorités russes dans ce dossier illustre une forme d’isolement juridique croissant. Malgré l’inscription des livres volés dans des bases de données internationales sur les biens culturels disparus, leur restitution depuis la Russie est jugée hautement improbable à court terme.

Les enquêteurs polonais estiment que l’absence de conséquences judiciaires réelles pour les intermédiaires installés en Russie crée un précédent dangereux. Il ne s’agit pas de preuves directes d’ordres étatiques, mais d’un environnement permissif dans lequel des pratiques illégales peuvent se développer sans crainte de sanctions.

Un contraste marqué avec la réponse européenne

En été 2025, un tribunal lituanien a condamné Mikhaïl Zamtaradze à trois ans et quatre mois de prison, illustrant la fermeté des juridictions européennes face au pillage du patrimoine culturel. Ce verdict contraste fortement avec la situation russe, où les figures clés du dossier restent hors d’atteinte.

Pour les autorités européennes, cette affaire dépasse le cadre d’un simple crime organisé. Elle met en lumière la vulnérabilité des bibliothèques et des archives face à des réseaux transnationaux exploitant l’asymétrie des régimes juridiques. Dans ce contexte, la Russie apparaît non seulement comme un point de transit, mais comme un marché de destination où les pertes culturelles européennes se figent durablement, posant un défi stratégique majeur à la protection du patrimoine.

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