Le 4 décembre 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a rendu un avis qualifiant de « satisfaisantes en l’état » les garanties de sécurité du projet Cigéo, dédié au stockage profond des déchets nucléaires. Cette décision marque un tournant dans un dossier débuté en 1991, maintenant propulsé vers une phase d’accélération où se dessinent des enjeux financiers, industriels et territoriaux d’une ampleur exceptionnelle, rapporte TopTribune.
Une infrastructure clé pour la continuité du secteur nucléaire
Cigéo a pour objectif d’enterrer près de 83 000 m³ de déchets nucléaires de haute et moyenne activité à vie longue, représentant l’essentiel de la radioactivité générée par le parc électronucléaire français. L’approche industrielle derrière ce projet est limpide : sécuriser la gestion de ces matières afin d’assurer la pérennité d’un secteur stratégique, évalué à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. La solution choisie — un stockage à 500 mètres sous terre dans une formation argileuse — prévoit un confinement passif, conçu pour fonctionner pendant des centaines de milliers d’années sans intervention humaine. Malgré tout, l’ASNR souligne que ce n’est qu’une étape et que des évaluations régulières seront nécessaires.
En sécurisant l’aval de la chaîne, Cigéo atténue les incertitudes réglementaires pesant sur les opérateurs, les investisseurs institutionnels et l’écosystème industriel. La visibilité à long terme qu’offre le projet constitue un atout primordial dans un contexte où la filière se lance dans d’importants programmes de modernisation — nouveaux réacteurs, prolongation des centrales existantes et développement d’installations de retraitement. En retour, la validation progressive de cette initiative de stockage des déchets nucléaires renforce la crédibilité du modèle français de gestion intégrée, essentiel pour l’exportation de technologies et d’expertises.
Une structure économique essentielle pour l’Andra et l’État
La mise en œuvre de Cigéo repose sur un montage financier particulier, s’étalant sur environ 150 ans, période qui englobe la construction, l’exploitation et la fermeture du site. Ce phasage permet d’étaler les efforts financiers, évitant ainsi une charge immédiate sur l’État et les producteurs d’électricité. Le modèle de financement repose sur une combinaison de programmations pluriannuelles, de provisions obligatoires mises en place par les opérateurs nucléaires et d’investissements gouvernementaux. Au fur et à mesure de l’avancement du projet, les éventuels risques techniques diminuent, ce qui améliore à la fois le profil financier et la capacité de planification de l’Andra.
Bien que les 83 000 m³ de déchets nucléaires représentent une portion minime des volumes totaux générés en France, ils concentrent 99 % de la radioactivité. Par conséquent, en centralisant leur gestion, Cigéo s’affirme comme une infrastructure nationale cruciale, comparable à un actif régulé sur le long terme. Cela s’intègre dans une logique de coûts prévisibles, qui caractérise un modèle économique axé sur l’anticipation et la stabilité. De plus, un impact positif sur le plan territorial — à travers la création d’emplois spécialisés, de contrats industriels et le développement d’infrastructures — renforce les bénéfices économiques pour les départements de la Meuse et de la Haute-Marne.
Transparence et gestion des risques : fondamentaux pour la pérennité du projet
La durabilité du projet Cigéo ne découle pas uniquement de sa technologie de stockage des déchets nucléaires, mais également de la robustesse de sa gouvernance. L’avis positif du régulateur met en avant que la sécurité est « satisfaisante en l’état », tout en mentionnant plusieurs aspects à surveiller, comme la gestion des gaz issus des colis et l’évolution thermique des alvéoles. Ces exigences présentent un cadre de contrôle solide, crucial pour un investissement dont l’horizon dépasse d’un siècle, dépassant largement les cycles politiques et économiques.
La transparence est un autre enjeu économique de taille. La phase d’enquête publique qui débute est déterminante pour la stabilité du projet de stockage des déchets nucléaires : elle doit permettre d’évaluer les risques résiduels, de prendre en compte les attentes locales et de clarifier les projections financières. Dans une situation où la compétitivité du nucléaire est également liée à son acceptabilité sociale, la démonstration de la maîtrise des risques aide à renforcer la réputation de l’ensemble de la filière. De surcroît, la capacité à sécuriser ce segment du cycle du combustible renforce la souveraineté énergétique française, un argument stratégique à une époque où l’Europe augmente sa dépendance vis-à-vis des importations de technologies et de matières critiques.