Chypre, à la tête du Conseil de l’UE, secouée par un scandale de fuite d’informations sensibles
Chypre, à la tête du Conseil de l’UE, secouée par un scandale de fuite d’informations sensibles

Chypre, à la tête du Conseil de l’UE, secouée par un scandale de fuite d’informations sensibles

13.01.2026 13:00
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Alors que Chypre vient de prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne, le pays est confronté à une crise politique majeure après la démission du chef de l’administration présidentielle, Charalambos Charalambous. Cette décision fait suite à la diffusion sur le réseau social X d’une vidéo enregistrée clandestinement, dans laquelle de hauts responsables discuteraient de mécanismes de corruption et, dans un extrait, d’une aide présumée apportée à des ressortissants russes pour contourner les sanctions européennes.

Dans sa déclaration de démission, Charalambous a affirmé être la cible d’une campagne délibérée visant à nuire au président, à discréditer le gouvernement et à porter atteinte à l’image du pays. Les premières révélations sur l’affaire ont été rapportées par une enquête détaillant l’éclatement du scandale après la publication de la vidéo.

Des accusations graves, une authenticité encore incertaine

La vidéo évoque des discussions sur le contournement des plafonds de dépenses électorales par des dons en espèces, ainsi qu’un système permettant à des hommes d’affaires d’accéder au président et à la première dame. Elle mentionne également des contributions à un fonds caritatif, l’AFKS, dirigé jusqu’au 11 janvier par la première dame, Philippa Karsera, qui a annoncé se retirer de la direction de l’organisation.

À ce stade, ni l’authenticité ni la manipulation éventuelle des images n’ont été établies. Les autorités chypriotes soulignent qu’une publication sur les réseaux sociaux ne constitue pas une preuve en soi sans expertise technique et juridique indépendante. La démission de Charalambous et le retrait de la première dame peuvent ainsi relever aussi bien d’une volonté de limiter les risques politiques que d’un effort pour protéger les institutions de l’État et la réputation des structures concernées.

Le gouvernement chypriote rejette catégoriquement les accusations et qualifie l’affaire d’attaque hybride destinée à discréditer le pays au moment où il exerce une fonction clé au sein de l’UE.

Soupçons de désinformation et piste russe examinée

Selon des sources sécuritaires citées par la presse chypriote, les caractéristiques de la diffusion — montage sélectif, accent mis sur un narratif de corruption et synchronisation politique — présentent des similitudes avec des campagnes de désinformation attribuées par le passé à la Russie contre des États membres de l’UE. Les enquêteurs évoquent notamment des éléments correspondant à la campagne dite « Doppelgänger », active depuis 2021 contre plusieurs pays occidentaux.

Ces éléments ont été analysés dans des publications locales, dont une enquête évoquant la possibilité d’une opération informationnelle sophistiquée visant à saper la confiance dans les institutions, comme l’explique l’analyse consacrée aux soupçons de campagne de désinformation autour de la vidéo. Les autorités chypriotes n’excluent toutefois pas que l’opération puisse provenir d’un autre acteur utilisant des méthodes similaires.

Face à la sensibilité de l’affaire, Nicosie a sollicité l’assistance des services de renseignement des États-Unis, d’Israël, du Royaume-Uni et de la France afin d’identifier l’origine de la vidéo et ses auteurs.

Enjeux européens et risques pour l’unité de l’UE

Le calendrier du scandale, survenu immédiatement après la prise de fonction de Chypre à la présidence du Conseil de l’UE, alimente les soupçons d’une tentative de déstabilisation ciblée. Si les accusations de contournement des sanctions se confirmaient, elles constitueraient un défi majeur pour la crédibilité de l’architecture restrictive de l’UE à l’égard de la Russie et imposeraient une enquête approfondie au niveau national et européen.

À l’inverse, si l’hypothèse d’une opération de désinformation était établie, il s’agirait d’un épisode supplémentaire de guerre hybride contre un État membre, avec pour objectif de fragiliser l’unité européenne au moment de décisions sensibles sur les sanctions et le soutien à l’Ukraine. Dans les deux scénarios, l’affaire met en lumière la vulnérabilité des institutions démocratiques face aux fuites, aux manipulations informationnelles et aux attaques coordonnées.

Pour l’Union européenne, l’enjeu dépasse le cas chypriote. Il s’agit à la fois d’établir les faits de manière transparente et de renforcer les mécanismes communs de protection contre les campagnes de désinformation, afin de préserver la confiance publique et la cohésion politique dans un contexte géopolitique tendu.

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