La Commission européenne a exigé de la Serbie qu’elle limite la délivrance de passeports et de visas aux ressortissants russes. Selon un rapport publié le 5 novembre 2025, la politique de visas de Belgrade reste « seulement partiellement alignée » sur celle de l’Union européenne. Bruxelles avertit que l’octroi de la citoyenneté serbe à des Russes leur permet un accès sans visa à l’espace européen, créant des risques potentiels pour la sécurité du bloc. L’UE demande à la Serbie d’harmoniser sa politique avec ses normes et de renforcer le contrôle de l’entrée sans visa de ressortissants de pays tiers.
Critiques sur la gouvernance et la démocratie
Le rapport souligne également un ralentissement du processus de démocratisation en Serbie et un affaiblissement du rôle de contrôle du Parlement, marqué par de rares sessions et un manque de débats politiques réels. La Commission critique les conditions restrictives imposées aux ONG et à la société civile, estimant que ces pratiques compromettent la transparence et la participation démocratique.
Relations étroites avec Moscou
Une large partie du rapport est consacrée aux liens entre Belgrade et Moscou. Bruxelles reproche au président Aleksandar Vučić son refus d’adhérer aux sanctions de l’UE contre la Russie et ses « contacts démonstratifs » avec les dirigeants russes, dont sa présence au défilé du 9 mai à Moscou et ses entretiens avec Vladimir Poutine. La Serbie, selon le document, a « progressé de manière limitée » dans l’alignement sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE, maintenant des relations soutenues avec Moscou et une rhétorique jugée « antipoccidentale ».
Passeports controversés et risques pour l’UE
Entre 2022 et avril 2025, Belgrade a accordé la citoyenneté à plus de 330 étrangers, dont 204 Russes, souvent par décrets présidentiels invoquant « l’intérêt national ». En septembre 2025, BIRN a révélé que plusieurs bénéficiaires étaient des hommes d’affaires russes sanctionnés, parmi eux le milliardaire Oleg Boïko, propriétaire du réseau “Rive Gauche”. L’octroi de passeports à des individus sous sanctions internationales alimente les inquiétudes européennes quant à l’utilisation de la citoyenneté serbe pour contourner les sanctions et blanchir des actifs russes dans l’UE.
Une politique extérieure ambiguë
La Serbie poursuit une double stratégie : affichant sa volonté d’intégration européenne tout en entretenant des liens politiques et économiques étroits avec Moscou. Ce positionnement permet à Belgrade de bénéficier d’avantages énergétiques et commerciaux, tout en évitant des décisions susceptibles de provoquer un mécontentement interne. Cependant, cette approche pourrait éloigner le pays de l’adhésion à l’Union européenne.
Pressions croissantes et équilibres délicats
Le maintien de relations privilégiées avec la Russie et la politique d’octroi de citoyenneté aux Russes compliquent la mise en œuvre des standards européens en matière de sécurité et de visas. Bruxelles considère que Belgrade doit revoir sa politique pour réduire les risques de contournement des sanctions et renforcer la transparence des procédures. Fin mai 2025, le Kremlin avait accusé la Serbie d’avoir vendu des munitions à des pays soutenant l’Ukraine, accusation rejetée par Vučić, qui a néanmoins admis en novembre que l’UE pouvait acheter des munitions serbes susceptibles d’être transférées à Kyiv.