Á Pikine, les alternatives IPTV face à la montée des tarifs de Canal+
À Pikine, en banlieue de Dakar, des enfants jouent au football sur un terrain rempli de gravats. Abdou, un passionné de football, cherche désespérément parmi plus de 10 000 chaînes celle qui diffuse le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) entre le Maroc et les Comores. Abonné à un service IPTV, il déclare avoir accès à « toutes les chaînes du monde », rapporte TopTribune.
Abdou explique qu’il s’est tourné vers l’IPTV pour bénéficier d’un éventail de chaînes sportives accessibles. « C’est vraiment génial. Je peux suivre les chaînes sportives de tous les pays. C’est top. Y a pas mieux, » ajoute-t-il.
« On paie en un an ce qu’on payait en un mois »
Face à la récente augmentation des tarifs d’abonnement de Canal +, le principal opérateur au Sénégal, de nombreux consommateurs recherchent des alternatives économiques pour regarder le football. Les réseaux câblés, caractérisés par des branchements clandestins, étaient précédemment les plus utilisés. Cependant, la démocratisation de l’accès à Internet a ouvert la voie à de nombreux opérateurs proposant des formules IPTV abordables.
Abdou évoque le coût de l’abonnement : « En un an, on ne paie que 35 000 FCFA (53 euros, NDLR), ce qui est approximativement le prix d’un mois avec les bouquets. Vous voyez. On paie en un an ce qu’on payait en un mois. » Dans un pays où le salaire minimum est de 58 000 FCFA (88 euros), le coût des abonnements peut être un véritable fardeau pour les consommateurs.
Alpha, un autre amateur de football, se plaint également de la nécessité de payer plusieurs abonnements pour avoir accès aux chaînes sportives. « Les bouquets nous obligent à payer deux abonnements, alors que pour l’IPTV, on ne paie qu’une seule fois, » explique-t-il.
Optant pour un abonnement annuel à 40 000 FCFA, Alpha peut regarder les matchs sur deux écrans en même temps. Il souligne que l’opérateur basé en France a installé son système à distance.
Des risques juridiques et des désagréments
La popularité croissante des services IPTV au Sénégal pose cependant des questions juridiques. Un opérateur contacté a affirmé : « Nous opérons discrètement et préférons installer à distance via WhatsApp à cause de la réglementation. » En effet, la distribution de l’IPTV doit respecter des réglementations strictes.
Le Dr. Issa Isaac Sissokho, expert en régulation numérique, explique que « l’exercice de toute activité de diffusion de services audiovisuels nécessite une autorisation du ministre de la Communication. » Cela implique que les fournisseurs IPTV doivent obtenir une approbation préalable pour une exploitation commerciale.
Les abonnés à des services IPTV non autorisés peuvent être considérés comme complices d’activités illégales. Bien que les poursuites soient rares, le risque demeure, surtout en cas d’intervention des autorités. Par ailleurs, les utilisateurs sont exposés à des risques allant au vol de données personnelles à des contenus inappropriés.
Abdou et Alpha signalent également des problèmes de latence. « Quand tu suis un match, ceux qui regardent sur les bouquets célèbrent les buts deux à trois minutes avant nous, » se plaint Alpha.
Avec seulement 60 % des matchs de la CAN diffusés en libre accès par les télévisions publiques africaines, de nombreux consommateurs se voient obligés de souscrire des abonnements payants. Mamadou Baal, ancien directeur de la Radiodiffusion télévision sénégalaise, déplore cette situation et se souvient des temps où les droits de diffusion n’étaient pas payants.