La Caisse nationale d’Assurance Maladie cible les médecins sur les arrêts maladie
La Caisse nationale d’Assurance Maladie (CNAM) a lancé une campagne de contrôle visant à inciter plusieurs centaines de médecins à réduire les prescriptions d’arrêts maladie. Le Dr Francis Blanc, médecin généraliste à Albi, a déjà été placé sous tutelle pour une accusation similaire l’année dernière, une expérience qu’il décrit comme « difficile », rapporte TopTribune.
Il y a un an et demi, le Dr Blanc a reçu un courrier de la CNAM lui reprochant un nombre particulièrement élevé d’arrêts maladie. Placé sous tutelle pendant plusieurs mois, il témoigne : « C’était insupportable et psychologiquement difficile ». À 74 ans, il regrette de continuer à travailler pour aider ses patients, se sentant maintenant mal récompensé pour ses efforts.
Fin 2023, le Dr Blanc a été convoqué devant une commission de la CNAM. Il se souvient du temps d’attente long et pénible, décrivant son expérience comme un tribunal. Malgré ses questions sur l’algorithme utilisé pour l’évaluer, il n’a reçu aucune réponse satisfaisante de la part de l’organisme.
« Une remise en question quotidienne »
De février à juin 2024, il a dû faire valider chaque prescription d’arrêt de travail par la CNAM avant de pouvoir les accepter. « Je l’ai vécu comme une remise en question quotidienne de ce que l’on fait depuis des décennies », déplore-t-il. S’étant finalement résigné, il a interrompu son activité pendant quatre mois, ne délivrant aucun arrêt pendant cette période. À son retour, il a reçu un courriel indiquant une réduction prétendue de 97 % de ses arrêts de travail, ce qu’il conteste : « Je ne sais pas où ils sont allés chercher les 3 % restants, vu que je n’ai délivré aucun arrêt », affirme le Dr Blanc, pointant un possible défaut de l’algorithme.
Ce constat est partagé par le Dr Jean Doubovetzky, colistin de Blanc. Il souligne que l’algorithme de la CNAM ne prend pas en compte les caractéristiques sociales de leur patientèle, affirmant que « Nous délivrons plus d’arrêts de travail que dans les quartiers plus aisés ». Il craint que les contrôles ne dissuadent les patients de consulter leurs médecins pour des arrêts maladie, alors même que les pressions professionnelles et le surmenage augmentent. « Mais ça, l’Assurance Maladie n’en parle pas », déclare le Dr Doubovetzky.
D’un autre côté, la CNAM se défend en précisant que ces contrôles s’appliquent à une minorité de médecins, estimant que « 1 à 2 % des médecins » présentent des prescriptions d’arrêts de travail très différentes de la majorité, selon Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM.