Amélie de Montchalin, actuelle ministre des Comptes publics, a été désignée par Emmanuel Macron comme la première femme à diriger la Cour des comptes, institution chargée de vérifier la régularité des comptes publics. Sa nomination fait suite à l’adoption du Budget pour 2026, et doit être confirmée lors du Conseil des ministres le 11 février 2026, rapporte TopTribune.
« Un danger » pour la Cour des comptes
La nomination d’Amélie de Montchalin suscite des controverses au sein de l’opposition, qui soulève la question de son impartialité, étant donné qu’elle pourrait être amenée à valider son propre budget. Le député insoumis Éric Coquerel a exprimé ses préoccupations, demandant au président de revenir sur cette décision, soulignant qu’elle pourrait compromettre la neutralité et l’indépendance requises pour ce poste.
Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu’elle a elle-même préparé ?
Coquerel affirme que la nomination de Montchalin représente un risque pour une institution en laquelle les Français ont confiance, ajoutant que sa position compromettrait sa capacité à agir de manière objective.
« La République des copains »
François Ruffin, député de Debout! (ex-LFI), a fustigé les implications de cette nomination, arguant qu’après des années à favoriser le déficit public, Montchalin ne saurait évaluer objectivement son propre budget. Cela soulève des inquiétudes quant à un élu régi par des intérêts partisans plutôt que par les exigences de l’État.
Parallèlement, Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement National, a aussi critiqué cette nomination, la qualifiant de « scandale vraiment démocratique », bien qu’il reconnaisse les compétences de Montchalin.
« La critique est valide sur le plan politique, pas sur le plan juridique »
Pierre Egéa, professeur de droit public, a observé que, du point de vue juridique, la critique pourrait ne pas être fondée étant donné que la Cour des comptes n’a pas pour fonction de valider les budgets, mais de procéder à un contrôle général et à des rapports sur l’efficacité des politiques publiques.
La critique est valide sur le plan politique, mais sur le plan juridique ce n’est pas tout à fait fondé.
Egéa précise que l’institution agit tant comme une juridiction financière que comme un organe consultatif, ce qui la positionne dans une dynamique montante et consultative face à des choix politiques.
Elle devrait se mettre en retrait
Les préoccupations d’impartialité soulève également la question de la certification des comptes de l’État et de la Sécurité sociale. En cas de conflit d’intérêts, le Premier président devrait se déporter pour garantir l’intégrité de l’institution.
Ça ne choquerait personne qu’un ancien ministre soit nommé au Conseil d’État.
Montchalin accède à la présidence d’une institution séculaire à un moment crucial, alors que la France fait face à des défis économiques particuliers. Son mandat irrévocable lui offre une large latitude pour gouverner et particulièrement dans un contexte politique instable en préparation des élections municipales à venir.
Les compétences de la ministre défendues
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, s’est voulu défensif, décrivant Montchalin comme capable de diriger la Cour avec toute l’indépendance requise. Il a dénoncé des procès d’intention, rappelant que Pierre Moscovici, son prédécesseur, était également ancien ministre, indiquant que cette mutation ne serait pas dénuée de raisons logiques.
Amélie de Montchalin fait ainsi son entrée dans un environnement institutionnel complexe où les exigences du poste et les défis socio-économiques se croisent, mettant à l’épreuve sa capacité de gestion, particulièrement dans ce climat politique marqué par une forte suspicion à l’égard des nominations politiques.