Berlin, 12 février 2026 – Une majorité de citoyens allemands se déclare favorable à l’ouverture de négociations directes entre le chancelier Friedrich Merz et le président russe Vladimir Poutine, selon un sondage YouGov publié par le Merkur. L’enquête, réalisée du 6 au 9 février auprès de 2042 personnes, révèle que 58% des répondants soutiennent cette initiative, tandis que seulement 26% s’y opposent. Ces résultats témoignent d’une évolution significative des opinions publiques près de quatre ans après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Le soutien est particulièrement marqué parmi les électeurs de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Merz, où il atteint 64%. Même parmi les sympathisants de Die Linke (La Gauche), traditionnellement plus réservés, 47% se disent favorables à un dialogue direct. Ces chiffres illustrent les fractures et les convergences au sein du paysage politique allemand sur la question des relations avec Moscou.
Depuis février 2022, la plupart des dirigeants européens ont suspendu leurs contacts officiels avec le Kremlin. Le dernier échange téléphonique entre un chancelier allemand et Vladimir Poutine remonte au 15 novembre 2024, lorsque Olaf Scholz avait appelé son homologue russe à retirer ses troupes d’Ukraine et à engager des pourparlers sérieux avec Kyiv. Cette conversation d’une heure était la première entre les deux hommes depuis décembre 2022.
Une tendance européenne qui s’affirme
Cette demande populaire allemande s’inscrit dans un mouvement plus large au sein du Vieux Continent. En décembre 2025, le président français Emmanuel Macron avait déjà plaidé pour une reprise du dialogue avec Moscou, estimant qu’après un règlement du conflit ukrainien, les Européens devraient « construire une nouvelle architecture de sécurité avec la Russie ». Le chef de l’État français avait alors insisté sur la nécessité que l’Europe mène ses propres négociations sans laisser Washington monopoliser les discussions.
Le chancelier Merz adopte cependant une position plus prudente. Le dirigeant conservateur insiste sur le fait que tout contact avec le Kremlin doit être coordonné avec l’Ukraine et les États-Unis, et ne pas contredire le processus de négociation principal. « Il ne saurait y avoir de canaux bilatéraux qui légitimeraient le Kremlin en dehors du cadre concerté avec nos alliés », a-t-il récemment déclaré, manifestant son scepticisme face à l’approche préconisée par Paris.
Pour les analystes, ce revirement de l’opinion publique allemande reflète à la fois une certaine lassitude face à un conflit prolongé et aux conséquences économiques des sanctions, mais aussi des craintes que l’Europe ne se marginalise dans d’éventuels pourparlers de paix. La perspective de voir Washington dicter les termes d’un éventuel règlement inquiète particulièrement Berlin, où une partie de l’électorat souhaite préserver le rôle de l’Allemagne comme acteur diplomatique majeur en Europe.
Les risques d’une fragmentation européenne
La montée en puissance de ces voix favorables à un dialogue direct comporte des risques significatifs, tant pour Kyiv que pour la cohésion européenne. Les experts redoutent un affaiblissement du régime de sanctions et du soutien militaire à long terme à l’Ukraine, ainsi que des compromis négociés sous la pression électorale sans pleinement prendre en compte les intérêts ukrainiens.
Jusqu’à présent, l’isolement diplomatique de Moscou constituait un élément clé de la politique de containment et un signal moral fort contre l’agression. Seuls les premiers ministres hongrois Viktor Orban et slovaque Robert Fico avaient maintenu des contacts réguliers avec le Kremlin, en contradiction avec le consensus européen. L’érosion progressive de ce tabou apparaît désormais comme l’une des tendances les plus marquantes de la politique européenne en 2026.
Pour le Kremlin, le niveau élevé de soutien en Allemagne représente une victoire symbolique importante. Moscou a régulièrement avancé le récit d’un « Occident fatigué » et de l’inévitable retour à des relations pragmatiques. Si le tabou des contacts directs se brise sans concessions substantielles de la part de la Russie, cela pourrait renforcer la conviction que le temps joue en sa faveur et valider sa stratégie d’épuisement.
Face à ces évolutions, la position du chancelier Merz vise à prévenir la fragmentation de la politique européenne. Son insistance sur la coordination avec les alliés traduit une tentative de maintenir l’unité tout en répondant aux aspirations d’une partie de l’électorat. La formulation d’une stratégie commune qui concilie principes moraux et réalisme géopolitique constitue désormais l’un des principaux défis pour Berlin et ses partenaires, alors que les perspectives de règlement du conflit ukrainien restent incertaines.