
Le dernier rapport d’Addictions France souligne la prévalence de l’alcool sur les réseaux sociaux. Avec la montée des contenus temporaires, le nombre croissant d’influenceurs impliqués et la lenteur des mécanismes de retrait, l’association dépeint un tableau où la promotion de l’alcool s’installe de façon durable, notamment auprès des plus jeunes, rapporte TopTribune.
Une étude révélatrice sur l’augmentation des contenus alcoolisés
Le document émis par l’organisation Addictions France met en exergue une croissance notable des contenus liés à l’alcool sur les plateformes sociales. Plus de 5.000 publications faisant la promotion de l’alcool ont été recensées au cours de l’année écoulée, intégrées dans un total de 16.000 contenus controversés depuis 2021. L’association signale un fonctionnement bien établi : 957 marques ont été identifiées dans ces publications, parfois de manière directe, parfois par le biais de formats plus insidieux.
La forme même de ces contenus contribue à leur dissémination. Addictions France note que 73% des signalements concernent des stories temporaires, un outil privilégié par les marques et les créateurs, tant pour leur visibilité immédiate que pour leur nature éphémère, ce qui complique toute intervention postérieure.
Le rapport met également en lumière la lenteur des systèmes de modération. Malgré l’obtention du statut de signaleur de confiance en 2025, l’association mentionne un décalage notable entre le volume de demandes de retrait et la rapidité de réponse des plateformes. Myriam Savy, Directrice de la communication et du plaidoyer, résume cette situation : « Ce bilan est alarmant. Le flou juridique persiste, favorisant les abus et renforçant, jour après jour, le ressentiment d’impunité des influenceurs, qui en viennent à dénigrer nos missions d’intérêt public, et ce, malgré notre statut de signaleur de confiance. »
Les influenceurs au cœur du débat
L’association met en avant une dynamique d’accroissement : les influenceurs jouent désormais un rôle clé dans la diffusion des contenus liés à l’alcool. Le rapport révèle que 442 influenceurs ont été interpellés pour leurs publications manifestement illégales. Parmi eux, 116 ont figuré sur le radar de l’association récemment, illustrant l’institutionnalisation de ces pratiques.
Cependant, les chiffres les plus frappants portent sur les réactions. D’après le rapport, 42% des influenceurs interrogés ont choisi de conserver leurs contenus, malgré les demandes de retrait. Ce groupe comprend 92 détenteurs du certificat « influence responsable » remis par l’ARPP, ce qui est particulièrement souligné dans les conclusions, car révélateur des lacunes du système de certification.
Addictions France consacre une partie de son rapport aux comportements récurrents de certains créateurs qui, loin de se conformer aux directives, incitent leurs audiences à contester publiquement les actions de l’association. En revanche, l’étude mentionne quelques exemples de retraits volontaires, tel le duo McFly et Carlito, qui a arrêté ses vidéos de dégustation suite à un rappel légal.
L’association évoque également le cas d’influenceurs récurrents. Trois d’entre eux — Renan Pacheco, Perou Grace et Stéfan Tisseyre — ont fait l’objet d’une action judiciaire lancée en novembre 2024, illustrant ainsi l’éventail des mesures possibles lorsque la prévention devient insuffisante.
Un appel à clarifier les responsabilités et à renforcer les régulations publiques
Au-delà des chiffres, le rapport pose la question de la responsabilité : celle des plateformes, souvent lentes à agir, des créateurs dont les pratiques touchent directement un public jeune, ainsi que celle des pouvoirs publics, face à un cadre juridique obsolète, élaboré avant l’émergence de l’économie de l’influence.
Addictions France souligne que la situation actuelle encourage l’ambiguïté. Les marques exploitent de nouvelles opportunités de visibilité, les créateurs bénéficient d’une large liberté éditoriale et les contenus disparaissent parfois avant qu’un modérateur n’ait la possibilité d’intervenir. Le rapport salue les déclarations de la ministre de la Santé, qui a promis de mieux « protéger les mineurs en respectant strictement l’interdiction de vente et en limitant l’exposition à la publicité », mais insiste sur l’urgence d’actions concrètes.
L’association appelle à un renforcement des règles régissant la promotion de l’alcool en ligne et à des sanctions plus dissuasives. Elle demande une définition plus précise des obligations des influenceurs et une responsabilité accrue des plateformes, considérées comme des acteurs essentiels d’un écosystème qui transcende largement les outils de régulation actuels.