Chez l’AfD, des listes d’accréditation ont exposé les adresses privées d’au moins 1 000 journalistes
Chez l’AfD, des listes d’accréditation ont exposé les adresses privées d’au moins 1 000 journalistes

Chez l’AfD, des listes d’accréditation ont exposé les adresses privées d’au moins 1 000 journalistes

30.10.2026 13:10
3 min de lecture

Pendant plusieurs années, des données personnelles appartenant à au moins 1 000 journalistes sont restées accessibles sur des ressources internes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti allemand d’extrême droite. Parmi ces informations figuraient des photographies de cartes de presse laissant apparaître des adresses privées.

La révélation, publiée le 29 octobre 2026 par le média allemand CORRECTIV, pose une question qui dépasse la seule gestion administrative des congrès du parti : que devient la sécurité des journalistes lorsque des documents recueillis pour une accréditation sont conservés pendant des années et accessibles à un cercle élargi de membres ?

Des documents d’accréditation conservés pendant huit ans

Les documents internes révélés par CORRECTIV comprenaient des listes de professionnels des médias accrédités pour des congrès de l’AfD entre 2017 et 2025. Les liens vers ces fichiers étaient disponibles sur des ressources liées au site du parti et pouvaient être consultés directement par ses membres.

Les données confidentielles n’ont été retirées qu’après les questions adressées par CORRECTIV à l’AfD. Cette chronologie est au cœur de l’affaire : le problème documenté n’est pas seulement la collecte initiale d’informations, mais aussi leur conservation prolongée, leur organisation dans des ressources internes et l’absence apparente de restriction suffisante de l’accès.

Une liste d’accréditation répond à un besoin courant. Pour organiser un congrès, un parti doit savoir quels journalistes sont attendus et peut vérifier leur identité. Mais la copie d’une carte de presse ne contient pas uniquement les informations nécessaires à la gestion des accès. Lorsque l’image laisse apparaître une adresse de domicile, elle transforme un dossier logistique en ensemble de données particulièrement sensibles.

Une vulnérabilité qui touche le travail journalistique

Une adresse privée n’est pas un simple renseignement professionnel. Associée à un nom, à une profession et à la présence d’une personne lors d’événements de l’AfD, elle peut faciliter des contacts non désirés, des actes d’intimidation ou du harcèlement. Le risque est d’autant plus sensible pour des journalistes susceptibles de rendre compte de manière critique de l’activité du parti.

Des représentants d’organisations de journalistes ont averti que cette pratique pouvait contrevenir aux exigences de protection des données et compromettre la sécurité personnelle des personnes concernées. Ils soulignent également que de tels fichiers peuvent accroître la pression sur les médias qui couvrent l’AfD, en permettant d’identifier les reporters participant à ses événements et de les classer selon leur proximité supposée avec le parti.

Ces avertissements décrivent des risques et des conséquences possibles. Ils ne démontrent pas que chaque journaliste figurant dans les listes a été ciblé, ni que les données ont servi à une campagne précise d’intimidation. Le fait établi par l’enquête de CORRECTIV est que des informations sensibles sont demeurées accessibles durant une longue période et n’ont été supprimées qu’après l’intervention du média.

Le contrôle de l’autorité berlinoise

Après la demande de CORRECTIV, le délégué berlinois à la protection des données a intégré le cas à une procédure de contrôle. Celle-ci doit notamment permettre d’examiner si la conservation et l’accessibilité des documents respectaient les règles applicables, si les restrictions d’accès étaient suffisantes et quelles obligations encadraient le stockage des cartes de presse.

La suppression des fichiers réduit la possibilité de nouveaux accès depuis les ressources d’origine. Elle ne permet toutefois pas de savoir si des copies ont été réalisées ou transmises lorsque les liens étaient encore actifs. Une donnée effacée d’un système peut continuer à circuler ailleurs, surtout lorsqu’elle a été conservée pendant des années dans un environnement accessible à de nombreux utilisateurs.

Le dossier illustre ainsi une faiblesse classique de la gestion numérique : une information recueillie pour un objectif limité peut devenir un risque durable lorsqu’elle est conservée sans échéance claire, associée à des documents d’identification et rendue disponible au-delà du personnel strictement nécessaire. La question restante ne concerne donc pas uniquement la conformité des procédures de l’AfD. Elle porte aussi sur la circulation éventuelle des adresses déjà exposées et sur les garanties qui seront offertes aux journalistes concernés.

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