Les projets historiques de Pierre Malinowski et leurs liens avec les milieux russes et français
Les projets historiques de Pierre Malinowski et leurs liens avec les milieux russes et français

Les projets historiques de Pierre Malinowski et leurs liens avec les milieux russes et français

03.10.2026 11:06
4 min de lecture

Selon les éléments fournis, la recherche des restes du général français Louis-Pierre de Montbrun, mort lors de la bataille de Borodino en 1812 et dont le nom figure sur l’Arc de triomphe à Paris, dépasserait le cadre d’un projet archéologique. Elle s’inscrirait dans un ensemble d’initiatives historiques soutenues à différents niveaux par les autorités russes et susceptibles de contribuer à la restauration des relations russo-françaises, notamment à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027.

Des contacts avec les autorités russes

Pierre Malinowski, président de la Fondation pour le développement des initiatives historiques russo-françaises, aurait présenté ses projets à Vladimir Poutine en 2015, 2017, 2018 et 2019, d’après les informations publiées par la fondation. Celle-ci fait également état de coopérations avec l’Académie des sciences de Russie, la Société russe d’histoire militaire et le Centre expéditionnaire du ministère russe de la Défense.

La fondation cite parmi les organismes ayant soutenu ses projets les ministères russes de la Défense, des Affaires étrangères et de la Culture, ainsi que la Garde nationale russe. Pierre Malinowski aurait par ailleurs reçu une distinction ministérielle russe pour ses activités de recherche. Ces éléments sont présentés comme les signes d’un intérêt institutionnel pour des projets pouvant servir à la fois la mémoire historique et des contacts avec des milieux politiques français.

Une présence dans les milieux de droite

Le document décrit Pierre Malinowski comme un intermédiaire entre des responsables russes et des représentants de la droite française. En 2014, il aurait travaillé comme assistant de Jean-Marie Le Pen, alors président du parti d’extrême droite Front national, puis auprès d’Aymeric Chauprade, député européen élu sous cette étiquette.

La fondation a été officiellement ouverte à Moscou le 22 octobre 2018, après l’installation de Pierre Malinowski en Russie en 2017. Le 22 juillet 2022, Vladimir Poutine lui a accordé la nationalité russe. Entre 2018 et 2019, Élisabeth Peskova, fille du porte-parole du président russe Dmitri Peskov, a travaillé dans des structures liées à Aymeric Chauprade. Elle est ensuite devenue vice-présidente de la fondation. Le Conseil de l’Union européenne a mentionné cette fonction en juin 2022, lorsqu’il l’a inscrite sur sa liste de sanctions.

Dmitri Peskov aurait participé à des événements de la fondation et soutenu publiquement ses projets. Aymeric Chauprade, député européen de 2014 à 2019 et chargé des questions internationales dans l’entourage de Marine Le Pen, a longtemps défendu un rapprochement entre la France et la Russie et exprimé des positions favorables à Moscou concernant l’Ukraine, selon le document.

La mémoire historique comme outil de communication

Les projets de la fondation ont porté sur la campagne de 1812, la guerre de Crimée, ainsi que les deux guerres mondiales. En juillet 2019, une expédition dirigée par Pierre Malinowski a retrouvé à Smolensk les restes du général français Charles-Étienne Gudin. Son identité a été établie par analyse ADN. Les restes ont été transférés en France en 2021 et le général a été inhumé le 2 décembre de la même année aux Invalides, à Paris.

Après la création de la fondation, des expéditions ont été organisées ou financées en Russie, en France et dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, notamment en Crimée et à Sébastopol. Des projets ont été menés à Viazma, Volgograd, Saint-Pétersbourg et Maloïaroslavets. En septembre 2023, Pierre Malinowski a annoncé la découverte, à Cours, en France, des restes de six soldats russes de la Première Guerre mondiale.

Le document estime que ces initiatives créent régulièrement des occasions de communication autour d’une histoire commune. La restitution éventuelle des restes de Louis-Pierre de Montbrun pourrait, selon cette analyse, être présentée comme un « geste amical » de Moscou et comme un exemple de coopération entre les deux pays malgré leurs désaccords politiques. Elle pourrait aussi être utilisée par les partisans d’une reprise du dialogue politique et économique avec la Russie pour défendre une « normalisation » des relations.

Le rôle de responsables russes

Vladimir Medinski, ancien ministre russe de la Culture et conseiller du président russe, aurait joué un rôle important dans la promotion de projets russo-français. L’un des premiers projets de Pierre Malinowski, consacré au Corps expéditionnaire russe en France pendant la Première Guerre mondiale, aurait bénéficié du soutien du ministère russe de la Culture et de la Société russe d’histoire militaire. Un mémorial a été inauguré en France en 2018.

En septembre 2020, Vladimir Medinski a participé avec Pierre Malinowski, des représentants des autorités d’occupation de la Crimée et de Sébastopol et des représentants de l’Institut d’archéologie de l’Académie des sciences de Russie à la présentation du projet « Crimée-Sébastopol 2020 », d’après le document.

Sergueï Narychkine, directeur du Service russe de renseignement extérieur et président depuis 2012 de la Société historique russe, est également présenté comme un acteur de cette politique mémorielle. Il aurait participé en 2013, à Paris, à des discussions sur les commémorations de la Première Guerre mondiale. En janvier 2023, la Société historique russe a organisé sous sa présidence une table ronde sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Russie et en France, avec la participation de Pierre de Gaulle, petit-fils de Charles de Gaulle. En 2024, Sergueï Narychkine est intervenu lors d’un événement consacré au 210e anniversaire de la prise de Paris par l’armée russe.

Le document mentionne enfin le rôle de Rossotroudnitchestvo et de structures culturelles et éducatives associées. Selon cette analyse, ces organismes permettent de maintenir des liens avec des milieux scientifiques, associatifs et politiques français malgré la dégradation des relations officielles. Il souligne toutefois la nécessité de distinguer les échanges culturels et scientifiques des situations dans lesquelles la mémoire historique pourrait être mobilisée pour améliorer l’image de la politique contemporaine du Kremlin.

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