Des chatbots d’IA relaient des contenus russes malgré l’interdiction européenne
Des chatbots d’IA relaient des contenus russes malgré l’interdiction européenne

Des chatbots d’IA relaient des contenus russes malgré l’interdiction européenne

24.09.2026 11:32
4 min de lecture

Plusieurs grands chatbots d’intelligence artificielle ont fourni, sur demande, des contenus issus de RT, de Sputnik et d’autres médias russes visés par les sanctions européennes, en s’appuyant notamment sur des miroirs, Telegram ou VK. Le constat a été établi en septembre 2026 par Reporters sans frontières (RSF), qui estime que ces services peuvent désormais contourner les restrictions imposées aux médias d’État russes, rapporte TopTribune.

Un test mené auprès de six services

Vincent Berthier, responsable du département technique de RSF, a lancé une série de tests après avoir constaté des cas similaires sur le robot Mira, disponible sur Telegram. Il a demandé à ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et Vibe, un service français, de rechercher des informations uniquement auprès de médias d’État russes.

Les consignes comprenaient également une demande explicite de contournement : lorsque les sites recherchés étaient bloqués, les outils devaient trouver des solutions de remplacement par l’intermédiaire de sites miroirs, de Telegram ou de VK. D’après RSF, la plupart des services testés ont été capables de répondre à cette instruction.

ChatGPT, Grok et Claude ont le plus souvent compilé des revues de presse, des titres et des liens issus de ces sources. Dans de nombreux cas, ils n’ont pas signalé que les médias cités étaient soumis aux sanctions de l’Union européenne. Vibe a, de son côté, trouvé de manière autonome des contenus de remplacement sur VK et Telegram.

Gemini a plus fréquemment refusé d’exécuter la demande. Meta AI a systématiquement motivé ses refus par les règles européennes applicables aux médias russes sanctionnés. Les résultats ont donc varié selon les services et les règles appliquées par chacun d’eux.

Une interdiction européenne contournée par les sources

Après le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, l’Union européenne a interdit la diffusion de plusieurs médias d’État russes, parmi lesquels RT et Sputnik. La mesure concernait la télévision, les satellites, les services de diffusion en continu, les applications et internet.

Dans la pratique, les États membres n’ont pas appliqué ces restrictions de manière identique. Aucun répertoire européen unique de noms de domaine n’a été établi, tandis que certains sites et leurs copies restaient accessibles. Cette situation a laissé subsister des points d’accès à des contenus que la décision européenne entendait empêcher de diffuser.

Le test consacré aux réponses des chatbots a porté sur cette difficulté précise : vérifier si les assistants conversationnels reproduisent les mêmes contenus ou s’ils appliquent aux médias sanctionnés des restrictions comparables à celles qui encadrent les plateformes médiatiques classiques.

Les réseaux de propagande russes utilisent également des copies de sites, des ressources anonymes et des publications diffusées sur plusieurs canaux. Ces contenus peuvent être indexés par des moteurs de recherche ou intégrés à des bases consultées par des systèmes d’intelligence artificielle. Une réponse générée par un chatbot peut ainsi reprendre un récit ou un titre sans apparaître directement comme une publication de RT, de Sputnik ou d’un autre média d’État russe.

RSF demande une évolution du cadre européen

Pour RSF, les services conversationnels constituent désormais un canal supplémentaire d’accès à l’information. L’organisation considère toutefois que leur statut juridique ne correspond pas encore aux risques qu’elle a identifiés. Le règlement européen sur les services numériques, connu sous le sigle DSA, et le règlement européen sur l’intelligence artificielle ne prennent pas pleinement en compte cette forme de diffusion de contenus médiatiques sanctionnés.

Les systèmes d’information et les chatbots ne sont pas automatiquement classés parmi les systèmes à haut risque. Cette classification limite, selon RSF, la possibilité d’imposer à leurs concepteurs des obligations équivalentes à celles qui s’appliquent aux plateformes médiatiques traditionnelles en matière de respect des sanctions européennes.

L’organisation demande donc que le droit applicable aux médias soit étendu aux assistants conversationnels et à d’autres services d’intelligence artificielle lorsqu’ils recherchent, sélectionnent ou présentent des informations au public. Elle estime que les outils concernés ne devraient pas pouvoir traiter les médias russes interdits comme de simples sources accessibles en ligne.

Le problème ne se limite pas aux sites directement contrôlés par les autorités russes. Des réseaux de sites liés à la Russie peuvent produire des contenus en plusieurs langues, multiplier les copies et chercher à apparaître dans les résultats des moteurs de recherche. Les chatbots qui utilisent des informations publiques ou des publications récentes peuvent ensuite reprendre ces éléments dans une réponse automatisée.

Dans ce format, un contenu de propagande ne se présente plus nécessairement sous la forme identifiable d’un article publié par un média sanctionné. Il peut être reformulé par un système conversationnel et apparaître comme une réponse destinée à un utilisateur. RSF estime que cette présentation peut compliquer l’identification de l’origine des informations et réduire l’efficacité des blocages visant les sites concernés.

Les tests de septembre n’ont pas produit les mêmes résultats pour tous les outils. Certains ont refusé la demande, d’autres ont rappelé les règles européennes, tandis que plusieurs ont fourni des titres, des synthèses ou des liens vers des sources russes en utilisant des voies de contournement. Ces différences restent au centre des observations formulées par Reporters sans frontières.

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