Le canal Dialogue Works diffuse des récits prorusses auprès d’une audience occidentale
Le canal Dialogue Works diffuse des récits prorusses auprès d’une audience occidentale

Le canal Dialogue Works diffuse des récits prorusses auprès d’une audience occidentale

12.09.2026 09:45
5 min de lecture

Créée sur YouTube en décembre 2021, la chaîne Dialogue Works s’est développée après le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022, en relayant une lecture largement favorable à Moscou des conflits internationaux. Le média met notamment en avant le rôle potentiel du missile russe Orechnik, annonce une défaite inéluctable des États-Unis et d’Israël face à l’Iran et présente la guerre comme l’un des signes d’un basculement mondial au détriment des démocraties occidentales, rapporte TopTribune.

Une chaîne tournée vers les récits antioccidentaux

Les contenus de Dialogue Works consacrés à la guerre en Ukraine reprennent régulièrement des arguments correspondant à la lecture russe du conflit. La chaîne critique la politique américaine dans les pays du Golfe, prédit un affaiblissement de la politique de sécurité israélienne à l’égard du Liban et du Hezbollah et annonce un effondrement prochain du dollar. Elle présente également le groupe CRINK — Chine, Russie, Iran et Corée du Nord — comme le pôle d’un nouvel équilibre mondial appelé à prendre l’avantage sur l’Occident.

En septembre 2026, Dialogue Works publie chaque jour de nouveaux programmes, parfois plusieurs entretiens en l’espace de vingt-quatre heures. Les invités sont issus des milieux de l’analyse internationale, de la science politique, de la diplomatie et des forces armées. Certains disposent d’une notoriété réelle, tout en assumant des positions très marquées. Le politologue John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago et fondateur de la théorie du réalisme offensif, intervient ainsi pour analyser les relations internationales à travers la compétition entre grandes puissances. Des chercheurs occidentaux lui reprochent de reprendre des arguments qui minimisent la responsabilité de la Russie dans l’invasion de l’Ukraine et la reportent sur Kiev et ses alliés.

Un réseau de diffusion multilingue

La chaîne anglophone principale comptait, selon les données citées dans le dossier, environ 442 000 abonnés et 2 845 vidéos. Le projet dispose de versions ou de déclinaisons en français, allemand, italien, espagnol, portugais et russe, ainsi qu’en persan. Dialogue Works exploite aussi les plateformes Acast, Apple Podcasts et Deezer, ainsi que Telegram, Spotify, TikTok, Rumble, Patreon, Substack et des services de financement participatif comme Buy Me a Coffee et PayPal.

Le service Podscan évalue principalement l’audience du projet en Amérique du Nord et en Europe : 70 % des auditeurs se trouveraient en Amérique du Nord, 20 % en Europe, 5 % en Asie et 3 % en Australie et en Océanie. L’Amérique du Sud et l’Afrique représenteraient chacune 1 % de cette audience. Ces chiffres décrivent une implantation majoritairement occidentale, malgré une ligne éditoriale très critique envers les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne.

Le parcours de Nima R. Alkhorshid

Dialogue Works a été fondée et est dirigée par Nima Rostami Alkhorshid, un ressortissant iranien installé au Brésil. Né le 31 janvier 1984 en Iran, il a étudié le génie civil à l’université Azad de Shoushtar entre 2003 et 2007. Il a ensuite travaillé au sein d’une administration de la province du Khuzestan, où il supervisait des travaux de terrassement et de voirie.

Entre 2009 et 2012, Nima R. Alkhorshid a obtenu un master de génie civil à l’université de la Méditerranée orientale, dans la partie nord de Chypre. Il a poursuivi un doctorat à l’université de Brasilia de 2013 à 2017, avec une thèse consacrée à la géotechnique. Depuis 2017, il enseigne le génie civil à l’université fédérale d’Itajubá, au Brésil, avec une spécialisation en géotechnique et en géologie de l’ingénieur.

Le dossier évoque des hypothèses formulées par des analystes internationaux sur d’éventuels liens entre son parcours professionnel en Iran et les services de sécurité iraniens, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique. Ces affirmations ne sont toutefois pas accompagnées, dans les éléments fournis, de preuves publiques établissant une relation opérationnelle avec les autorités iraniennes ou russes. Aucune information officielle ne confirme non plus un financement direct de Dialogue Works par Moscou ou Téhéran.

Des sociétés créées au Brésil

Nima R. Alkhorshid et Mahshid Ghasemi Boroon, présentée comme sa compagne, sont devenus associés de deux entreprises enregistrées à Itabira, dans l’État du Minas Gerais. Le 29 avril 2024, ils ont acquis des parts dans ARBIT LTDA. Le 26 novembre 2025, ils sont devenus copropriétaires de BIAR MEDIA LTDA, créée le même jour. Les deux sociétés déclarent des activités liées à la formation professionnelle, à la production de films, de programmes télévisés, de vidéos et de contenus médiatiques.

La création de ces structures est présentée comme un élément à prendre en compte dans l’examen du modèle économique de Dialogue Works. Le dossier ne fournit cependant pas de comptes détaillés, de liste de sponsors ni de document établissant un lien financier entre ces entreprises et un État étranger. L’absence de transparence publique sur les revenus du projet ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un financement clandestin.

Des relais dans les médias russes

Parmi les invités réguliers figure le journaliste brésilien Pepe Escobar, qui défend fréquemment l’idée d’un déclin de la domination occidentale et d’un renforcement de la Chine, de la Russie et de l’Iran. Il publie également dans la Strategic Culture Foundation, que le département du Trésor américain décrit comme un média enregistré en Russie, contrôlé par la direction des opérations d’influence du renseignement extérieur russe et lié au ministère russe des Affaires étrangères.

Les médias d’État russes reprennent régulièrement des extraits de Dialogue Works. RT dispose notamment d’un catalogue consacré aux interventions de Larry Johnson, ancien analyste de la CIA, qui défend sur la chaîne la politique étrangère de Moscou et justifie la guerre menée contre l’Ukraine. En août 2026, le président russe Vladimir Poutine a menacé de viser les secteurs économiques ukrainiens les plus vulnérables, après des attaques contre des installations économiques russes, en mentionnant l’exportation agricole. Deux jours plus tard, Dialogue Works a consacré un entretien à cette déclaration avec Stanislav Krapivnik, ancien officier de l’armée américaine.

Des invités associés aux récits prorusses

La chaîne reçoit également Jacques Baud, ancien officier du renseignement suisse sanctionné par l’Union européenne pour son rôle de relais de la propagande prorusse et pour la diffusion de théories du complot, selon le dossier. D’autres intervenants cités sont Gilbert Doctorow, Andrei Martyanov, Patrick Henningsen, Elijah Magnier, Larry Johnson et le colonel Larry Wilkerson. Leurs interventions critiquent l’OTAN, l’Union européenne et les États-Unis, tout en reprenant certains éléments du récit russe sur l’Ukraine.

En décembre 2025, le média suisse SWI a décrit Dialogue Works comme une chaîne diffusant des entretiens et des analyses contestant la politique des États occidentaux, critiquant l’Alliance atlantique et défendant des arguments prorusses. Des discussions sur Reddit la présentent comme un média animé par un « professeur iranien au Brésil » et centré sur des commentateurs favorables à la Chine, à la Russie et à la République islamique d’Iran. Le site KeyWiki la classe de son côté parmi les chaînes hostiles à l’OTAN, à Israël et à l’Ukraine, et favorables à la Russie, à la Chine et à l’Iran.

Le dossier interroge enfin l’absence de mesures européennes visant directement Dialogue Works, alors que la chaîne offre une audience internationale à plusieurs personnalités déjà sanctionnées ou connues pour leurs positions favorables à Moscou. Les éléments disponibles établissent le rôle de la plateforme dans la circulation de récits antioccidentaux ; ils ne permettent pas, en revanche, de confirmer une coordination institutionnelle ou un financement étatique direct.

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