Le gouvernement français envisage un gel partiel des pensions des retraités les plus aisés dans le cadre de la préparation du budget 2027, en visant à réaliser des économies supplémentaires. Cette proposition, qui refait surface, reste politiquement sensible, rapportent TopTribune.
Un ballon d’essai ?
Jeudi dernier, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a déclaré que « la question de la contribution des retraités aisés à l’effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, méritait d’être posée », tout en insistant sur la nécessité de « préserver les retraités les plus modestes ». Ce mécanisme de sous-indexation viserait à revaloriser les pensions de retraite de base à un niveau inférieur à celui de l’inflation, ce qui diverge des normes légales habituelles. Depuis janvier 2022, les pensions de base ont déjà été revalorisées d’environ 15 % en réponse à l’inflation.
Une mesure qui revient sans cesse
Ce sujet n’est pas une nouveauté et a été abordé dans de multiples rapports. En juillet, le comité de suivi des retraites (CSR) a renouvelé sa recommandation de 2025 concernant la sous-indexation des pensions pour rétablir l’équilibre du système. Auparavant, la Cour des comptes avait également dénoncé le coût de l’indexation des pensions sur l’inflation. L’année dernière, le gouvernement de Sébastien Lecornu avait tenté de geler ces pensions pour obtenir près de 3,6 milliards d’euros, mais avait dû abandonner face à l’opposition parlementaire.
Même une proposition modérée de Michel Barnier, qui préconisait un report de six mois de la revalorisation des retraites, avait provoqué une forte opposition de la part du RN et de la gauche, menant à la censure de son gouvernement.
Ça rapporte combien ?
La mesure pourrait permettre d’économiser plusieurs milliards d’euros, potentiellement jusqu’à 6 milliards, selon les seuils choisis et l’option retenue entre sous-indexation et désindexation complète. Un seuil de 3 000 euros bruts par mois a été évoqué, sans validation officielle. « Si on a un seuil élevé, cela ne touchera que des retraités riches mais la recette sera limitée. Un seuil bas génèrera davantage d’économies mais pourrait affecter des retraités moins aisés », explique Patrick Aubert, économiste à l’Institut des politiques publiques.
Un gel des pensions en 2027, en dépit d’une inflation anticipée à environ 2 % pour 2026, pourrait conduire à d’importantes économies. Par exemple, l’OFCE avait évalué à 3,4 milliards d’euros les économies potentielles du report de six mois préconisé par Barnier.
En juillet, le CSR a estimé qu’une sous-indexation de deux points d’ici à 2030 pourrait rétablir l’équilibre du système de retraites au lieu d’un déficit de 6,8 milliards d’euros actuellement prévu par le Conseil d’orientation des retraites (COR). Toutefois, il faut selon le CSR « donner de la visibilité » aux retraités pour éviter des comportements d’épargne contrecarrant le bien-être financier public.
Une mesure inflammable
Sur le plan politique, cet enjeu est extrêmement délicat. Les retraités, qui votent en plus grand nombre que les actifs, pourraient opposer une forte résistance à une atteinte à leurs pensions. L’ancien commissaire européen Thierry Breton, dont le nom circule pour l’élection présidentielle, s’est opposé à une désindexation partielle, affirmant que l’exécutif devait « assumer » la suspension de la réforme des retraites. Jérôme Guedj, député socialiste et candidat à la présidentielle, a indiqué qu’il pourrait envisager cette approche, à condition qu’elle soit intégrée dans un effort plus global visant également les héritages, les « niches sociales » des entreprises et les géants de l’intelligence artificielle.