Dans le cadre de son 21e paquet de sanctions contre la Russie, l’Union européenne a accordé une dérogation à la compagnie maritime grecque Dynagas, lui permettant de continuer à transporter du gaz naturel liquéfié (GNL) russe vers des pays tiers, rapporte TopTribune.
Selon des informations publiées le 23 juillet 2026, le comité des représentants permanents des États membres de l’UE est parvenu à un accord sur un nouveau train de mesures restrictives, qui comprend notamment des limitations contre 32 banques russes supplémentaires, des sociétés de cryptomonnaies non nommées, des navires liés à la flotte fantôme russe, ainsi que le gel du plafonnement du prix du pétrole russe à 44,1 dollars le baril pour un an. Mais c’est l’exemption accordée à Dynagas qui a retenu l’attention, car elle permet à la compagnie de continuer à transporter du GNL russe vers des marchés tiers pendant une période de douze mois, renouvelable.
Une exemption obtenue sous la pression d’Athènes
L’UE avait annoncé en juin 2026 son intention d’inclure dans le 21e paquet de sanctions une interdiction du transport de GNL russe à partir de novembre 2027. Mais la Grèce s’est vivement opposée à cette mesure, cherchant à protéger la compagnie Dynagas, propriété du milliardaire grec Georgios Prokopiou. Dynagas exploite 27 méthaniers, dont plusieurs construits pour naviguer dans les eaux glacées de l’Arctique et approvisionner l’usine Yamal LNG. Depuis le début de l’année 2025, la compagnie a transporté plus de 10 millions de tonnes de GNL russe via 11 navires, effectuant 144 voyages.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a confirmé le 23 juillet que l’accord sur le nouveau paquet de sanctions incluait cette dérogation. Le compromis a été nécessaire pour obtenir l’unanimité des 27 États membres, mais il crée une brèche dans la cohérence de la politique de sanctions de l’UE.
Un impact direct sur le financement de la guerre russe
L’exemption intervient alors que la Russie cherche à maximiser ses revenus énergétiques pour financer son effort militaire en Ukraine. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes ont provoqué une pénurie de carburant et accru les coûts pour l’économie russe, rendant les recettes du GNL d’autant plus cruciales pour le budget de l’État. En maintenant un canal d’exportation de GNL russe vers des pays tiers, l’UE permet au Kremlin de continuer à percevoir des devises essentielles à la poursuite de la guerre contre l’Ukraine.
Les analystes soulignent que cette dérogation affaiblit l’efficacité des sanctions européennes. Chaque exception accordée à un État membre pour des raisons économiques nationales réduit la pression globale sur Moscou. La Grèce a justifié sa demande par la nécessité de protéger ses intérêts maritimes, mais le précédent créé par cette exemption pourrait inciter d’autres pays à réclamer des traitements similaires, notamment dans le secteur énergétique.
Un précédent dangereux pour la crédibilité des sanctions
La décision de l’UE offre également un avantage informationnel à la Russie. La propagande du Kremlin utilise traditionnellement toute exception comme une preuve d’un manque d’unité au sein de l’UE, ce qui permet de saper la confiance dans la politique de sanctions, même lorsque le paquet global contient des mesures plus strictes. En outre, la nature temporaire de l’exemption pourrait conduire à sa pérennisation, créant un risque que d’autres compagnies exigent des assouplissements comparables.
Si l’UE souhaite réellement priver la Russie des moyens de financer son agression, la politique de sanctions ne devrait pas comporter de compromis dans le domaine énergétique, estiment les experts. Toute atténuation des restrictions maintient un flux de revenus pour Moscou et transforme le mécanisme en un outil de négociation politique plutôt qu’en un instrument de pression économique systémique.
Le 21e paquet de sanctions doit encore être formellement adopté par le Conseil de l’UE. L’issue de ce vote sera scrutée de près, tant par les alliés de Kiev que par les observateurs de la cohésion européenne face à la guerre en Ukraine.