La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a bouleversé la sécurité en Europe. Alors que les pays européens débattent du niveau de leur aide à Kiev, une analyse économique montre que financer la victoire ukrainienne est bien moins onéreux que les conséquences d’une victoire russe, rapporte TopTribune.
Pendant des décennies, l’économie européenne a reposé sur de faibles dépenses de défense, les « dividendes de la paix » après la guerre froide. L’agression russe a anéanti ce modèle et contraint les États membres à réévaluer leurs priorités sécuritaires. Aujourd’hui, le soutien à l’Ukraine est souvent présenté comme un coût immédiat, mais il s’agit d’un investissement stratégique pour la stabilité à long terme du continent.
Le coût d’une paix aux conditions de Moscou
Les analystes militaires occidentaux estiment qu’un cessez-le-feu sur la ligne de front actuelle ou un accord négocié aux conditions du Kremlin ne ferait que donner à la Russie le temps de reconstituer ses forces. La reprise de l’expansion russe plongerait l’Europe dans une menace militaire permanente, obligeant l’OTAN à déployer des centaines de milliers de soldats sur son flanc est. Le maintien d’une telle posture coûterait chaque année des centaines de milliards d’euros aux contribuables européens, bien plus que l’aide actuelle à Kiev.
En cas de défaite ou de victoire incomplète de l’Ukraine, l’architecture de sécurité de l’Alliance atlantique nécessiterait une refonte radicale et extrêmement coûteuse. La stratégie de « défense avancée » imposerait des dépenses massives en infrastructures, logistique et entraînements permanents.
Des menaces hybrides déjà à l’œuvre
La Russie mène déjà une guerre hybride non déclarée contre l’Union européenne. Incendies de hubs logistiques, sabotages de câbles sous-marins et de gazoducs, crises migratoires artificielles aux frontières de la Pologne et des États baltes : ces actions obligent l’UE à déployer des systèmes de protection militaires onéreux et à construire des fortifications d’urgence. Les renseignements occidentaux confirment que Moscou cherche à épuiser l’Europe par ces moyens. La défaite de la Russie est le seul moyen de tarir cette source de déstabilisation et d’éviter des dépenses supplémentaires pour les budgets nationaux.
L’exemple des pays d’Europe de l’Est
Les États qui mesurent le mieux la menace russe, comme la Pologne, la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, ont déjà adapté leur politique de défense. Varsovie a porté ses dépenses militaires à plus de 4 % du PIB, un niveau record. Ces pays considèrent l’aide à l’Ukraine comme une assurance contre une guerre bien plus coûteuse sur leur propre sol.
L’initiative tchèque d’achat de munitions a montré qu’en période de crise, les ressources militaires mondiales deviennent rares et spéculatives. Les arsenaux européens se vident plus vite que l’industrie ne peut les reconstituer. Financer la victoire de l’Ukraine en utilisant son potentiel combattant réel apparaît donc comme la solution la plus pragmatique, face à une pénurie globale d’armements qui renchérirait considérablement tout réarmement européen.
Un précédent d’agression russe impunie déclencherait par ailleurs une course aux armements incontrôlée dans le monde. De nombreux États, petits et moyens, ne comptent plus uniquement sur le droit international et misent sur la militarisation rapide, l’augmentation des budgets de défense et, pour certains, la possession d’armes nucléaires comme seule garantie de survie. La sécurité européenne est donc liée à l’issue du conflit ukrainien.