Après plusieurs semaines de débats tumultueux, la proposition de loi sur la lutte contre l’antisémitisme, portée par la députée Caroline Yadan, a été retirée par le groupe macroniste à l’Assemblée nationale. Ce texte, qui visait à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme, devait être examiné jeudi et vendredi, mais face à une promesse d’obstruction de la France insoumise et aux doutes exprimés par le bloc central, son retrait est devenu inévitable, rapporte TopTribune.
Une mobilisation citoyenne croissante
La fronde contre la loi Yadan a atteint un niveau critique cette semaine. Une pétition demandant aux députés de voter contre le texte, accusé de confondre antisémitisme et critique d’Israël, a recueilli plus de 700 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale. En parallèle, cette contestation a été renforcée par plusieurs tribunes académiques et des manifestations étudiantes. Le syndicat de la magistrature a également exprimé des réserves, qualifiant le texte de « inadapté au travail judiciaire » et de « dangereux pour les libertés publiques ».
« Grâce à cette mobilisation populaire, certains députés, notamment au PS et au MoDem, ont déjà changé leur position. Il est maintenant impératif de retirer définitivement ce texte liberticide », a déclaré Gabrielle Cathala, députée insoumise du Val-d’Oise. Elle a aussi souligné que la loi était conçue pour « intimider et criminaliser ceux qui soutiennent les Palestiniens » et dénoncent les actions en Gaza.
La loi Yadan avait été adoptée de justesse en commission au mois de janvier. Initialement abstentionnistes, les socialistes ont finalement décidé de voter contre en séance, estimant le texte « dangereux ». Des réserves ont également émergé au sein du groupe Liot et du bloc central. Erwan Balanant, député MoDem, a déploré qu’il existe déjà des outils pour combattre le racisme et l’antisémitisme, qualifiant le texte de « mal rédigé » et exhortant à son retrait pour éviter de provoquer des tensions supplémentaires dans la société.
Stratégies d’obstruction et retrait
À la moitié de la journée, Mathilde Panot a annoncé que la France insoumise ferait « tout ce qui est en son pouvoir » pour empêcher l’adoption du texte. Les députés insoumis ont multiplié les amendements pour retarder les débats, ce qui a suscité l’ire des élus de la majorité. « Nous avons l’impression d’être dans une répétition sans fin, l’obstruction de LFI est évidente et vise à bloquer l’examen de ce texte », a fait savoir Pierre Cazeneuve, député Renaissance des Hauts-de-Seine.
Peu avant 16 heures, Caroline Yadan a finalement décidé de retirer sa proposition de loi, expliquant que son texte n’aurait jamais pu être examiné dans le délai imparti. Elle a annoncé que la loi serait réintégrée dans un projet plus vaste du gouvernement qui sera présenté fin juin en Conseil des ministres. « LFI a échoué, leurs manœuvres n’ont pas réussi. Nous allons aller plus loin que la loi Yadan avec le soutien du gouvernement », a ajouté Yadan, annonçant que le projet sera examiné d’abord au Sénat et sera le fruit d’un « travail transpartisan ». Toutefois, des oppositions et des tentatives d’obstruction sont anticipées.