Exhumations clandestines des soldats français : un trafic macabre après la Première Guerre mondiale
Des exhumations clandestines de soldats français tombés durant la Première Guerre mondiale ont eu lieu dans divers cimetières, révélant un trafic étonnant d’os et de dépouilles, rapporte TopTribune.
La nuit sur le cimetière de Sillery, dans la Marne, est troublée par des murmures d’ombre. Le lendemain matin, le fossoyeur découvre qu’un cercueil a été violé, laissant une tombe béante. Le corps d’André Lebeurre, tué par balles allemandes en 1917, a été mutilé : son tronc repose encore dans le cercueil, tandis que sa tête et ses membres ont disparu. Cela démontre l’ampleur des vols de corps, qui se multiplient depuis l’armistice du 11 novembre 1918. Selon le quotidien Le Journal, ce trafic ignoble doit être stoppé.
Le phénomène des exhumations trouve son origine en 1914, lorsque les dépouilles des poilus ne sont souvent temporairement enterrées qu’à proximité du champ de bataille. Ces tombes improvisées sont signalées par des croix en bois, laissant difficilement trace des identités à l’avenir. Les autorités tentent de contrôler la situation, mais l’interdiction d’exhumer des corps en novembre 1914 et le manque de préoccupations post-conflit entraînent une politique de non-transfert, provoquant le désespoir des familles endeuillées.
Trafic d’inhumations
Les familles endeuillées, en quête de lumière sur le sort de leurs proches, commencent à faire appel à des « entrepreneurs de la mort » pour récupérer les corps de leurs défunts. Ces trafiquants opèrent généralement de nuit, menant des opérations macabres à travers les cimetières militaires. Les tarifs, exorbitants allant de 1.500 à 15.000 francs par opération, illustrent la nature lucratif de ce commerce sordide.
Ces opérateurs sont souvent des personnes ayant quitté d’autres métiers pour exploiter cette opportunité, appliquant une méthodologie peu scrupuleuse et prêts à commettre des erreurs graves. Ils enterrent les corps de manière désordonnée, ce qui entraîne des confusions et des souffrances supplémentaires pour les familles. La presse de l’époque dénonce itérativement ce phénomène, dévoilant l’inacceptable intrusion dans des lieux de repos éternel.
Face à la pression sociale, le gouvernement finit par agir. Un service de restitution des corps (SRC) est instauré le 31 juillet 1920, s’engageant à rapatrier les dépouilles vers leurs communes d’origine. Environ 250 000 poilus seront finalement renvoyés chez eux, soit 40 % des corps identifiés, permettant enfin aux familles de commencer leur deuil, alors qu’un sombre chapitre de l’histoire militaire française se ferme.