Une hausse de 17% des achats européens de gaz russe liquéfié
Les importations européennes de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de Russie ont significativement augmenté au cours des trois premiers mois de 2026, atteignant 5 millions de tonnes, soit une progression de 17% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette augmentation intervient paradoxalement alors que l’Union européenne planifie un abandon complet et progressif des hydrocarbures russes conformément au règlement UE 2026/261 adopté en février 2026. Les terminaux d’importation français, espagnols et belges ont accepté 69 des 71 cargaisons expédiées depuis la péninsule de Yamal, devenant ainsi les principaux points d’entrée du GNL russe sur le continent.
La France, l’Espagne et la Belgique en première ligne des importations
Trois pays membres de l’UE se distinguent par leur exposition accrue aux approvisionnements russes. La France, l’Espagne et la Belgique possèdent des installations techniques adaptées à la réception des méthaniers de classe glace en provenance de l’Arctique russe. Ces nations n’agissent pas seulement en tant que consommateurs finaux, mais également comme d’importants centres de redistribution pour le GNL, approvisionnant notamment l’Allemagne et l’Autriche. Les fournisseurs russes, notamment Novatek, proposent actuellement des prix sensiblement inférieurs à ceux du GNL américain ou qatari, créant un avantage économique à court terme pour les industries européennes énergivores qui n’ont pas pleinement diversifié leurs sources d’approvisionnement.
Cette dépendance persistante s’explique par une conjonction de facteurs. La crise énergétique structurelle en Europe, couplée à des volumes de consommation soutenus, pousse les opérateurs à sécuriser leurs approvisionnements. Parallèlement, les risques militaires persistants au Moyen-Orient compliquent la logistique des importations en provenance du golfe Persique, une région clé pour les approvisionnements alternatifs. La Russie profite de cette situation géopolitique fragile pour offrir des remises importantes aux négociants européens, selon des données récentes sur les importations, incitant à une augmentation des volumes achetés avant l’entrée en vigueur des interdictions.
Un calendrier européen contrasté face aux réalités du marché
Le cadre législatif européen prévoit pourtant une sortie programmée. L’embargo complet sur les contrats à court terme de GNL russe doit entrer en vigueur le 25 avril 2026, tandis que les contrats à long terme seront interdits à compter du 1er janvier 2027. Un ultimatum a également été fixé au 30 septembre 2027 pour mettre un terme à toute importation de gaz russe par pipeline, y compris pour la Hongrie et la Slovaquie. Cette période de transition explique en partie la stratégie des entreprises européennes qui cherchent à constituer des réserves stratégiques avant l’application des sanctions définitives.
Les conséquences de ces importations massives dépassent le seul cadre énergétique. Les recettes générées par la vente de GNL contribuent directement au remplissage du budget fédéral russe, fournissant des ressources cruciales pour stabiliser l’économie nationale sous sanctions et financer la commande publique de défense. Cette manne financière soutient ainsi indirectement l’effort de guerre russe en Ukraine. La dépendance énergétique qui en découle offre au Kremlin un levier d’influence supplémentaire sur les capitales européennes, pouvant potentiellement être utilisé pour affaiblir le régime de sanctions ou réduire le soutien militaire à Kyiv.
L’accélération du désengagement vis-à-vis du GNL russe devient dès lors une question de sécurité nationale pour les États membres, au-delà du principe de solidarité avec l’Ukraine. Alors que les deux tiers des importations européennes de GNL proviennent désormais des États-Unis, signalant une réorientation profonde des approvisionnements, la période actuelle de transition révèle la tension persistante entre les impératifs économiques immédiats et les objectifs géopolitiques et sécuritaires à long terme de l’Union européenne.