Le 1er mai perd son statut de journée intouchable face aux propositions politiques

Le 1er mai perd son statut de journée intouchable face aux propositions politiques

10.04.2026 06:56
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Le 1er mai, traditionnellement sacré pour la classe ouvrière, pourrait perdre son statut d’inamovibilité. Ce vendredi 10 avril, l’Assemblée nationale se prononce sur une proposition de loi soutenue par Gabriel Attal, visant à permettre à certaines professions de travailler pendant la journée internationale des travailleurs. Actuellement, le 1er mai est le seul jour de l’année obligatoire chômé et payé pour la majorité des employés en France, rapporte TopTribune.

Gabriel Attal a déclaré vouloir combler « un trou dans la raquette » du Code du Travail, en réponse aux plaintes croissantes de l’année passée, notamment de la part des boulangers, menacés de sanctions par l’Inspection du travail s’ils faisaient travailler leurs employés ce jour-là. Le 1er mai, jusqu’alors intouchable, est désormais sujet à débat. Si ce tabou politique est de moins en moins respecté, l’affrontement avec les syndicats et l’opinion publique demeure délicat.

Un jour difficilement attaquable

Le 1er mai est perçu comme « le 14 juillet des syndicats » et demeure leur journée la plus emblématique, souligne Stéphane Sirot, historien et sociologue des grèves. Toute proposition de rupture face à cette date déclenche des réactions massives, tandis que Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, avertit : « Si le 1er mai tombe, de nombreuses autres règles pourraient également être remises en cause. Une ligne rouge serait franchie. »

D’un point de vue économique, Vivier fait valoir qu’aucune raison ne justifie de toucher à ce jour « sacré ». Les Français profitent d’un nombre de jours fériés similaire à la moyenne européenne, et l’enjeu est davantage de traiter l’inactivité des jeunes et des seniors.

Le principal argument avancé en faveur d’une assouplissement est la distorsion de la concurrence. Pourquoi permettre l’ouverture de grands commerces et interdire celle des indépendants ? Les boulangers, bouchers-charcutiers et fleuristes se battent pour ce changement, et les initiatives de l’année dernière ont largement été médiatisées.

Des syndicats moins forts

Le 1er mai est en déclin, constate Sirot. Les manifestations sont désormais rarement initiées par des syndicats, la CFDT étant l’un des syndicats absents. En dehors de contextes politiques exceptionnels, comme la réforme des retraites de 2023, les mobilisations n’ont pas dépassé 150 000 participants depuis 2019, avec une tendance à la baisse.

Ce déclin a encouragé le gouvernement à attaquer directement cette date, selon Vivier, qui note que la mobilisation contre les réformes récentes a affaibli l’influence syndicale. Les syndicats peinent à catalyser un mouvement suffisamment fort pour défendre le 1er mai comme jour de repos.

La question de la flexibilité du travail

L’attaque contre le 1er mai s’inscrit dans une tendance plus large vers la flexibilisation du temps de travail. Sirot affirme que les frontières d’occupation du temps de travail sont progressivement abolies, avec la possibilité d’ouvrir des commerces durant les jours fériés et une extension du travail dominical. En 1974, seulement 12 % des Français travaillaient un dimanche, ce chiffre est monté à 28 % en 2024.

Ces mesures rencontrent une certaine approbation auprès des citoyens, en raison des besoins économiques, selon Guy Groux, sociologue. Les restrictions au travail du dimanche sont souvent contournées par les consommateurs. La pression sur les salaires en France, moins compétitifs que ceux de nombreux pays, pousse aussi les salariés à accepter plus de flexibilité pour améliorer leur situation financière, comme le travail nocturne ou dominical à rémunération majorée.

Selon une étude de la Dares, les cadres bénéficient d’une majoration de 10,6 % lors de la réalisation d’un travail un dimanche, et 5,4 % pour les ouvriers. Travailler le 1er mai présente un avantage salarial particulièrement attractif, incitant de plus en plus d’employés à remettre en question l’interdiction de travailler ce jour-là. Groux conclut que l’attachement des Français à cette tradition diminue, mais il met en garde contre les risques de perdre les bénéfices liés à la rémunération du double sur ce jour sacré.

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