Dans un article des Dernières Nouvelles d’Alsace, Sandra Rahm, 44 ans, explique entretenir une relation amoureuse avec une rame de tramway depuis six ans. Mais ce témoignage n’est pas le premier du genre, rapporte TopTribune.
En 1979, une Suédoise nommée Eija-Riitta Eklöf marquait les esprits en épousant… le mur de Berlin. Elle communiquait avec lui, collectionnait les clichés… Malheureusement, en 1989, à la chute du Mur, son « mari » fut détruit laissant la veuve à son désespoir. Passons en 2007, Erika LaBrie, une Américaine s’est rendue célèbre en se « mariant » avec la tour Eiffel, se faisant alors appeler Erika Eiffel.
Si ces anecdotes peuvent prêter à sourire, elles mettent en lumière un phénomène psychologique pourtant bien réel : l’objectophilie. L’objectophilie se définit comme une attirance romantique ou sexuelle profonde envers des objets inanimés : une statue, une voiture, des objets du quotidien… Ainsi, les personnes concernées ressentent un lien émotionnel et une intimité qui dépassent la simple appréciation esthétique.
Pour un objectophile, l’objet n’est pas un simple outil, mais un compagnon doté d’une personnalité. Cela se manifeste par des comportements qui imitent les relations humaines : une recherche d’intimité (passer du temps avec l’objet…), des interactions physiques (embrasser, enlacer…), des « discussions » etc.
Orientation sexuelle ou fétichisme ?
Pendant longtemps, l’absence d’études scientifiques a laissé place aux préjugés et aux moqueries. La plupart des gens supposant que les personnes concernées souffraient de troubles mentaux ou cherchaient tout simplement à attirer l’attention.
Une question est donc lancée : s’agit-il d’un simple caprice, d’une paraphilie, ou bien pourrait-on parler d’une nouvelle orientation sexuelle ? Une étude publiée dans la revue Nature en 2019 a commencé à lever le voile en liant cette attirance à deux traits neurodéveloppementaux spécifiques : l’autisme et la synesthésie.
L’étude a également révélé que les taux d’autisme sont nettement plus élevés chez les personnes objectophiles que dans le reste de la population. Plusieurs facteurs pourraient l’expliquer :
- une empathie très développée qui s’étend au-delà des êtres humains pour englober les objets ;
- une tendance à percevoir les objets comme des entités rassurantes, procurant un sentiment de confort similaire à celui qu’une autre personne pourrait offrir.
La synesthésie semble aussi sur-représentée parmi les sujets concernés. Il s’agit d’un phénomène neurologique où les sens se mélangent et communiquent entre eux (par exemple, certains perçoivent des couleurs ou un goût en écoutant de la musique). Certaines formes de synesthésie attribuent un genre ou une personnalité à des objets inanimés.
Par ailleurs, certains objectophiles rapportent que des liens émotionnels se forment avec des objets en réponse à un isolement social, à un traumatisme passé ou à la peur du rejet dans les relations humaines. Le certain succès des poupées inanimées, au Japon notamment, semble parfois rattaché au manque de liens sexuels et sentimentaux avec d’autres humains.
Un besoin de recherche…
Amy Marsh est une sexologue et psychologue américaine. Elle fut la première à effectuer des recherches dans le domaine de l’objectophilie. Dans un travail datant de 2010, elle explique que les personnes objectophiles se disent heureuses telles qu’elles sont. Leur mal-être et leur stress proviennent essentiellement du manque de compréhension des autres, du regard de la société.
Selon la psychologue, les orientations sexuelles qui ne correspondent pas au paradigme hétérosexuel dominant sont souvent considérées comme socialement inacceptables. « Donner plus de visibilité à l’objectophilie dans la recherche scientifique pourrait ainsi améliorer notre compréhension globale de ce phénomène et potentiellement éliminer les préjugés courants. »
Source : Objectum sexuality: A sexual orientation linked with autism and synaesthesia