« Nuestra Tierra » : l'art de la contre-enquête selon Lucrecia Martel sur le meurtre de Javier Chocobar

« Nuestra Tierra » : l’art de la contre-enquête selon Lucrecia Martel sur le meurtre de Javier Chocobar

31.03.2026 20:16
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La cinéaste argentine Lucrecia Martel dévoile la construction des récits d’oppression à travers le meurtre de Javier Chocobar

Le 12 octobre 2009, Javier Chocobar, leader de la communauté indigène Chuschagasta en Argentine, est abattu par un ancien membre des forces spéciales qui tentait de s’approprier les terres de cette communauté, tout en filmant la scène avec une caméra vidéo. Ce meurtre, dont une partie est accessible sur YouTube, devient le point de départ du nouveau film de Lucrecia Martel, Nuestra Tierra, qui explore les échos d’une histoire de colonisation et d’oppression continue, rapporte TopTribune.

Martel s’engage dans un effort titanesque de quatorze ans pour documenter non seulement ce crime, mais pour le situer dans le contexte plus large des injustices subies par les peuples autochtones en Argentine, en Amérique du Sud et dans le monde. Son film soulève des questions cruciales sur le silence entourant le génocide palestinien et l’appropriation des terres, étant donné que des « historiens » cherchent à nier l’existence des peuples pour justifier cette appropriation.

Nuestra Tierra se concentre sur le procès des trois accusés qui ont tué Chocobar, se déroulant à Tucumán, et utilise la scénographie judiciaire comme tige centrale d’une narration qui s’étend dans de multiples directions. Ce film met en lumière les conflits entre les propriétaires terriens et les forces de répression, ainsi que la production de récits basés sur la domination et l’exclusion, soutenus par les institutions religieuses et académiques.

À travers des scènes de tribunal, Martel donne la parole aux membres de la communauté Chuschagasta, rendant visibles leurs histoires individuelles et collectives tout en explorant les paysages géographiques et historiques qui les entourent. La force de son film réside dans sa capacité à relier un cas spécifique à des problématiques plus vastes de colonialisme et de violence systématique contre les droits des communautés autochtones en Argentine.

Parmi les éléments distinctifs de son style, Martel manie avec habilité la composition visuelle et sonore. Elle utilise habilement le silence pour illustrer la violence d’un système qui marginalise les plaignants face au pouvoir en place. Le film montre comment les membres de la communauté, appelés Chuschas, se sont engagés dans des pratiques de résistance, soutenues par une moisson impressionnante d’images d’archives qu’ils ont capturées eux-mêmes au fil des décennies.

Martel remet également en question la notion de représentation, critiquant les différentes utilisations des images dans divers contextes. Son film se distingue par son approche polyphonique qui permet d’incarner divers regards sur une histoire de violence tragique.

Dernièrement, l’inclusion de drones dans le film apporte une perspective innovante, offrant un regard global qui inscrit les individus dans des environnements plus larges. Ce choix visuel permet de déconstruire les simplifications souvent appliquées aux récits des communautés marginalisées.

La sortie de Nuestra Tierra prévue pour le 1er avril 2026, coïncide avec un autre film notable, Silent Friend, de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi. Bien que ces films diffèrent dans leur approche, ils dévoilent tous deux des perspectives sur des histoires de domination, alors que Martel privilégie une vision déstabilisante de la réalité.

En conclusion, Nuestra Tierra représente non seulement un acte de mémoire, mais également un outil puissant de résistance face aux injustices historiques et contemporaines qui pèsent sur les peuples autochtones.

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