Comportement préoccupant à la Maison de l'Argentine à Paris : influence de Javier Milei et atmosphère de peur persistante

Comportement préoccupant à la Maison de l’Argentine à Paris : influence de Javier Milei et atmosphère de peur persistante

21.03.2026 07:17
3 min de lecture

Le mardi 24 mars marquera le 50ème anniversaire du coup d’État militaire en Argentine, qui a plongé le pays dans la dictature. Cette date est désormais désignée comme la Journée nationale de la Mémoire pour la Vérité et la Justice. À Paris, les associations et les ressortissants argentins commémoreront cette journée en hommage aux disparus et aux victimes de cette période noire, rapporte TopTribune.

Cet hommage revêt un goût amer pour beaucoup, en raison de l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, qui influence désormais une partie de la communauté argentine en France, notamment depuis la nomination de Santiago Muzio à la tête de la Maison de l’Argentine, en 2024, au sein de la Cité internationale universitaire.

Une plaque en hommage aux victimes de la dictature retirée

Au sein de ce campus qui accueille 12.000 étudiants du monde entier, la Maison de l’Argentine suscite des réactions vives depuis la nomination de cet avocat franco-argentin conservateur. Dernier incident en date : la disparition d’une plaque commémorative dédiée aux 30.000 disparus le 10 février dernier, mise en lumière sur les réseaux sociaux par le député insoumis Thomas Portes, accompagnée d’une pétition en ligne exigeant son retour.

« Nous avons constaté la disparition de la plaque sans que nous ayons été prévenus », déclare une résidente souhaitant garder l’anonymat par crainte de représailles. Pour se prémunir, elle a demandé à nous rencontrer dans le parc Montsouris, offrant ainsi un témoignage poignant de la peur qui règne.

« Une atmosphère de peur »

« C’est l’atmosphère de peur qu’instille Santiago Muzio depuis son arrivée », confie Catalina*, ancienne résidente, qui a dû changer de voie en raison de cette pression. Selon elle, Muzio a créé un environnement de forte tension politique parmi les résidents. « Avant, il y avait des affiches sur les valeurs de la Cité U, mais il a tout fait enlever », se souvient-elle.

Un étudiant ouvertement gay qui a osé interroger Muzio sur cette disparition a été l’un des premiers à subir les conséquences de cette nouvelle politique. Il a reçu une réponse vague et a été « invité » dans le bureau du directeur, avec des menaces sur son avenir dans la maison. « C’est une pression constante », ajoute Catalina.

Les études et séjours des résidents en France dépendent du gouvernement argentin, et un simple ordre du directeur de la « Casa argentina » peut tout annuler. « Il existe une ‘liste noire’ au sens propre ou figuré. Si on y figure, c’est la fin de nos études en France », explique-t-elle.

Des réunions politiques d’extrême droite organisées au sein de la résidence

« Les étudiants se sentent piégés. Certains nous contactent car Santiago Muzio menace de ne pas renouveler leur résidence », affirme Marie-Laure Stirnemann, porte-parole de l’Assemblée des Citoyens Argentins en France (ACAF). Ce collectif, créé en 2016, s’oppose à un retour à l’ultralibéralisme en Argentine.

« Malheureusement, cela se produit aujourd’hui à la Cité U », souligne-t-elle, citant un exemple récent où Muzio a refusé de participer à la commémoration du 24 mars, alors que cette date est inscrite dans la loi argentine et est un jour férié.

Une famille comme chez elle dans la résidence

Lors d’une récente conférence organisée à la Maison de l’Argentine, des participants ont confirmé des réunions politiques, bien que l’accès ait été limité. Une femme, accompagnée d’agents de sécurité, a tenté d’expulser les journalistes, indiquant que Muzio ne parlerait qu’une fois la presse « libre ».

Le directeur vit dans la résidence avec sa famille, ce qui intensifie la pression sur les étudiants. « Ils sont toujours là, écoutent aux portes, et cela crée une atmosphère de peur », explique Catalina.

La direction de la Cité universitaire impuissante

La situation est tendue, car d’autres maisons refusent de collaborer avec la Maison de l’Argentine en raison du non-respect par Muzio de la charte de la Cité universitaire, qui promeut la paix et l’égalité. Même les principes de laïcité sont mis à mal, avec l’installation d’une vierge justifiée par des symboles nationaux.

Face à cette situation, la direction de la Cité universitaire semble démunie. Bien qu’elle n’ait pas répondu aux sollicitations pour le moment, elle a indiqué à des confrères que le statut particulier de la Maison de l’Argentine, où le directeur est nommé par Buenos Aires, empêche toute intervention. « C’est désolant de subir la politique de Javier Milei en France alors que nous sommes à des milliers de kilomètres », conclut Marie-Laure Stirnemann, percevant cela comme un chapitre de l’internationalisation de l’extrême droite.

*Le prénom a été modifié à la demande de la personne concernée

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