Municipales 2026 à Marseille : une forte abstention dans les quartiers nord témoigne d'un sentiment d'abandon

Municipales 2026 à Marseille : une forte abstention dans les quartiers nord témoigne d’un sentiment d’abandon

19.03.2026 18:26
2 min de lecture

Dimanche dernier, près de la moitié des Marseillaises et des Marseillais ne se sont pas déplacés pour voter à l’occasion du premier tour des élections municipales. Avec un taux de participation de 52,18 %, la cité phocéenne fait moins bien que l’ensemble du département des Bouches-du-Rhône (56,1 %) et que du pays (57,1 %), rapporte TopTribune.

Dans les quartiers nord, qui représentent 35 % de la superficie de Marseille, l’abstention est encore plus haute. Dans le 14e arrondissement, sur 33.691 inscrits, 20.701 ont boudé le scrutin, soit 61,44 % d’abstention. Dans le 15e arrondissement, sur 40.474 inscrits, 25.900 se sont abstenus, soit 63,99 % d’abstention.

Sentiment d’abandon

Ce territoire hétérogène mêlant anciens noyaux villageois, pavillons et grands ensembles illustre la complexité du vote. « On ne se résigne pas », lance Kader Benayed, membre du collectif KGBS, regroupant des habitants du nord du 15e arrondissement. Depuis plusieurs mois, ce groupe, composé d’une centaine de personnes, s’active pour convaincre les locaux d’aller voter, « peu importe le candidat ». « On est tous issus de ces quartiers, on ne peut pas se résigner à laisser tomber », martèle cet homme originaire de Bourrely, représentant syndical à l’hôpital psychiatrique Edouard Toulouse. Dans le bureau de vote du secteur, situé dans l’école élémentaire du parc Kallisté, 21 % des inscrits ont voté.

Pour lui, l’abstention découle de multiples facteurs. « Ils se sentent abandonnés, ils nous expliquent que les politiques viennent pendant les élections puis ne reviennent plus, explique Kader Benayed. D’autres pensent que ça ne sert à rien, que les promesses ne sont jamais tenues… » Alberto, résident de la cité Bourrely depuis 1980, atteste également de ce sentiment : « Les gens ne sont pas impliqués, ils ne savent pas. » Bien qu’il n’ait pas été investi auparavant, grâce à un ami d’enfance, il a « pris conscience ». « On a la chance de pouvoir voter », assure-t-il, et lui aussi se mobilise avec KGBS.

Quartier jeune et pauvre

Une enquête Ipsos/BVA publiée dimanche révèle que les abstentionnistes sont principalement des jeunes. L’abstention s’élève à 56 % chez les moins de 25 ans et atteint 60 % chez les 25-34 ans. Ce phénomène est également évident parmi les catégories à faibles revenus. « Le taux d’abstention a dépassé les 60 % dans la tranche la plus basse », soit moins de 1.250 euros net mensuels par foyer, selon l’étude. Dans le 15e arrondissement, 44 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, indique l’AFP. En 2020, 25,8 % des habitants dans ces arrondissements nord de Marseille avaient moins de 18 ans, contre 21,4 % dans le reste de la ville, selon une étude de l’Observatoire régional de la santé PACA publiée en 2023.

Dans l’enquête, un abstentionniste sur six évoque un « désintérêt par rapport à la politique en général », tandis que 35 % estiment que les élections « ne changeront rien » à leur vie quotidienne. « Certains quartiers de la ville sont moins regardés que d’autres : pour nous c’est parce que les gens ne votent pas », conteste Kader Benayed, qui souligne également des défaillances dans le service public, comme la cité de la Savine (15e), dépourvue de bus après 21 heures. « Pour que notre secteur avance et soit défendu, il faut des élus de proximité », insiste le Marseillais, tout en gardant un espoir. « Si on arrive à faire changer d’avis une personne, on a gagné », se réjouit-il. « J’ai même vu une habitante passer du « je ne vote pas » à « j’ai tenu un bureau de vote » dimanche. »

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Dernières nouvelles

À NE PAS MANQUER