Pourquoi la sexualité est-elle absente des romans de Victor Hugo ?

Pourquoi la sexualité est-elle absente des romans de Victor Hugo ?

15.03.2026 17:26
3 min de lecture

D’une part, un auteur dont les nombreuses maîtresses et la vie intime mouvementée sont bien connues. De l’autre, une œuvre où se multiplient les héros vierges et où l’érotisme brille par sa rareté. Retour sur une intrigante contradiction littéraire.

Portrait de Victor Hugo par Étienne Carjat, en 1876. | Bibliothèque nationale de France / domaine public / Wikimedia Commons
Portrait de Victor Hugo par Étienne Carjat, en 1876. | Bibliothèque nationale de France / domaine public / Wikimedia Commons

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Le XIXe siècle n’est pas une période totalement hostile aux représentations sexuelles. L’avènement du romantisme a favorisé la représentation d’amours chastes et valorisé la pudeur dans les représentations de l’érotisme, mais de nombreux auteurs ont abordé frontalement la sexualité de leurs personnages, tels que Jules Barbey d’Aurevilly ou Honoré de Balzac, dont les aventures extraconjugales sont au cœur de l’intrigue, rapporte TopTribune.

Les actes sexuels, bien qu’évoqués, ne sont pas décrits de manière explicite ; les personnages expriment leur désir. Des auteurs comme George Sand ont également abordé le désir, tant masculin que féminin, comme un élément crucial des relations interpersonnelles.

Dans le roman hugolien, l’abstinence règne

Dans l’œuvre de Victor Hugo, les récits sont dominés par des figures masculines qui se distinguent par une absence totale de sexualité : Quasimodo, Jean Valjean, Javert, Enjolras, Gilliatt, Cimourdain, pour en citer quelques-uns. Ces personnages, explicitement désignés par l’auteur comme étant totalement inactifs sexuellement, ressentent parfois des désirs contrariés, mais souvent, ils apparaissent comme asexuels.

Ils concentrent l’énergie normalement dédiée à la recherche de l’amour sur des causes qui les dépassent. Javert, le super-flic inflexible, demeure concentré sur ses affaires personnelles, tandis qu’Enjolras, dans Les Misérables, se dévoue à sa cause politique tout comme on se consacre à une maîtresse. Quant à Quasimodo, il est le seul à développer un sentiment pur et désintéressé envers Esmeralda.

Il y a bien des personnages qui échappent à cette épidémie de chasteté, mais leur traitement interroge tout autant. Les rares représentations du désir chez Victor Hugo ne suscitent guère l’envie.

Par ailleurs, l’absence de sexualité semble élever ces personnages au-dessus du commun des mortels, mettant en valeur leur caractère exceptionnel.

Une représentation négative du désir

Concernant les quelques personnages échappant à cette chasteté, leur représentation est tout aussi problématique. Les rares évocations du désir sont souvent associées à des obsessions destructrices, telles que celle de Claude Frollo pour Esmeralda dans Notre-Dame de Paris, ou celle de la duchesse Josiane qui, dans L’Homme qui rit, séduit Gwynplaine au détriment de sa véritable bien-aimée, Dea.

Le désir est souvent perçu comme trivial et égoïste, en contraste avec l’abnégation de héros vierges comme ceux mentionnés précédemment. De plus, le désir s’avère destructeur, surtout pour les femmes, comme le montre le cas de Fantine, qui, entraînée dans la prostitution, subit les abus des bourgeois, provoquant finalement sa chute et sa mort. Les représentations positives du désir dans les romans de Victor Hugo sont rares.

Bien que l’on puisse considérer des exceptions, comme les jeunes couples qui apparaissent dans son œuvre romanesque tels que Marius et Cosette, Gwynplaine et Dea, leur sexualité demeure très discrète et implicite, semblable à celle décrite dans la littérature courtoise du Moyen Âge. Les jeunes filles sont souvent louées pour leurs qualités virginales et les jeunes hommes doivent passer par diverses épreuves avant de s’unir à leurs bien-aimées, selon une représentation prudente des relations.

Victor Hugo avait-il peur de parler de sexe?

La question de la réticence de Victor Hugo à aborder la sexualité, malgré sa vie personnelle mouvementée et ayant été au cœur de scandales, reste ouverte. Certains chercheurs postulent qu’il valorisait la chasteté chez ses personnages tout en étant lui-même incapable de s’y conformer, d’autres évoquent un certain nostalgie de sa jeunesse.

Il est sans doute impossible d’arrêter une explication définitive car l’auteur ne s’est jamais clairement exprimé sur ce sujet. Cependant, l’asexualité de ses personnages pourrait être le reflet de contextes personnels et sociétaux, dans un XIXe siècle en proie à des bouleversements politiques, entre une libération des discours sur la sexualité et une forte influence religieuse.

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