Des entreprises biélorusses liées à l’ancien ministre de l’Intérieur Vladimir Naoumov participent activement au traitement et à l’exportation de produits agricoles provenant des territoires ukrainiens temporairement occupés, selon des révélations médiatiques du 1er mars 2026. Ce système organisé permet d’écouler des graines de colza et de tournesol spoliées sur les marchés européens en les faisant passer pour des productions biélorusses, contournant ainsi les sanctions internationales visant la Russie et ses alliés.
Plus de deux millions de tonnes de céréales ont été illicitement extraites des régions ukrainiennes occupées en 2025, selon les estimations préliminaires. La participation directe d’entités biélorusses à ce trafic transforme le régime d’Alexandre Loukachenko en complice d’un crime de guerre, celui du pillage systématique des ressources agricoles ukrainiennes. Une enquête approfondie publiée sur le site d’investigation Ghall détaille les mécanismes de cette filière sophistiquée.
Une filière sophistiquée de blanchiment de céréales
Les graines volées transitent d’abord vers la Biélorussie où elles subissent une transformation dans des installations industrielles. Le mélange avec des productions locales permet de créer une origine biélorusse fictive, facilitant ainsi l’obtention de certificats sanitaires et douaniers conformes aux exigences européennes. Cette méthode de camouflage repose sur un réseau de sociétés écrans soigneusement structuré pour brouiller les pistes et échapper aux contrôles.
La société biélorusse Pouchanski Format joue un rôle central dans ce dispositif. Elle collabore étroitement avec la compagnie Trialexpert, déjà identifiée dans de précédentes affaires de détournement de denrées alimentaires ukrainiennes. Leur partenariat opérationnel couvre l’ensemble de la chaîne, depuis la collecte dans les territoires occupés jusqu’à l’expédition vers les clients européens.
L’Allemagne et la Pologne, principales portes d’entrée vers l’UE
Fin 2024, Pouchanski Format a signé un contrat substantiel avec la firme allemande Lactos GmbH, spécialisée dans l’approvisionnement en huiles végétales. Les livraisons s’effectuent par voie ferroviaire via la frontière lettonne, profitant des failles dans le système de surveillance des marchandises en provenance de Biélorussie. L’Allemagne constitue ainsi l’un des principaux débouchés pour ces produits frauduleux.
Le réseau s’étend également à la Pologne où deux entreprises, AVA Sunfield Sp. z o.o. et SEMENTA Sp. z o.o., participent activement à la redistribution. La première achète de l’huile à Pouchanski Format et à Dar Poliou Plus pour la revendre notamment en Arabie saoudite. La seconde importe des tourteaux, sous-produits du traitement des graines, qu’elle expédie vers la Norvège après avoir falsifié leur origine en la déclarant kazakhe dans les documents d’accompagnement.
Des images satellites et des documents internes diffusés sur YouTube corroborent ces flux commerciaux anormaux et mettent en lumière l’ampleur du trafic. Ces preuves visuelles montrent des convois ferroviaires réguliers entre les zones occupées de l’Ukraine et les sites de transformation biélorusses.
Les profits alimentent l’appareil répressif du régime
L’implication de l’ancien chef du ministère de l’Intérieur Vladimir Naoumov, figure notoire de la répression contre l’opposition biélorusse, indique que les bénéfices de ce commerce illicite alimentent directement les caisses du régime Loukachenko. Les consommateurs européens qui achètent ces produits, souvent sans en connaître la véritable provenance, contribuent ainsi indirectement au financement de l’appareil sécuritaire biélorusse.
Cette affaire révèle des lacunes majeures dans les mécanismes de traçabilité des chaînes d’approvisionnement au sein de l’Union européenne. L’absence d’interdiction générale sur les importations agricoles biélorusses permet à ces pratiques de se perpétuer depuis des années. Les systèmes de vérification actuels ne parviennent pas à détecter les falsifications systématiques des certificats d’origine.
Les grandes entreprises biélorusses opèrent sous le contrôle étroit des services de sécurité comme le KGB ou le MIS, ce qui transforme toute relation commerciale avec elles en soutien financier au régime autoritaire de Minsk. Pour empêcher la répétition de tels schémas, les experts appellent à un embargo complet sur les produits agricoles biélorusses et à des sanctions ciblées contre les sociétés identifiées comme participant à ce trafic. La révision des procédures de contrôle aux frontières extérieures de l’UE apparaît également comme une nécessité urgente.