Moins d’une semaine après la mort de Quentin Daranque à Lyon, l’affaire a pris une dimension politique significative, à un mois des élections municipales. Ce mercredi, Laurent Wauquiez a appelé à « faire barrage » à La France insoumise, qui est mise en cause par ses opposants en raison de liens supposés avec le groupe antifa La Jeune Garde, dissout l’an dernier, auquel seraient affiliés certains suspects de l’agression mortelle. Le député des Républicains n’est pas le seul à tenter de tirer profit de cet événement, rapporte TopTribune.
Les répercussions de cette affaire sur la campagne locale sont débattues. Selon les politologues lyonnais Romain Meltz et Paul Bacot, l’impact sur les élections municipales devrait rester marginal. Meltz souligne que l’événement n’est pas perçu uniquement comme une affaire locale en raison de son écho national. Bacot abonde dans ce sens, expliquant que la dynamique de vote est déjà fortement structurée et que des actions spectaculaires comme celles de Wauquiez ou Aulas ne modifieront guère le paysage électoral.
Une dynamique des votes déjà établie
Cependant, certains candidats, dont Jean-Michel Aulas, soutenu par l’ancien président de région, ont évoqué des mesures à prendre suite à la tragédie. L’ex-dirigeant de l’OL a anticipé des « défauts en termes de sécurité » et a proposé l’installation de plus de caméras de surveillance et la présence renforcée d’agents sur le terrain pour éviter qu’un tel drame se reproduise.
Romain Meltz indique que les déclarations des politiciens ne déterminent pas le comportement électoral des électeurs de gauche. Il souligne que la perception des Lyonnais sur leur ville n’est pas modifiée par cet incident, et que cela n’influence pas leur choix politique. En ce qui concerne les préoccupations sécuritaires, il rappelle que Grégory Doucet, le maire sortant, a déjà évalué et mis à jour les systèmes de sécurité, et qu’il est toujours en quête de renforcer les effectifs de police municipale.
Un léger renforcement du vote utile ?
Suite à la mort de l’étudiant nationaliste de 23 ans, plusieurs membres de La France insoumise rapportent avoir été agressés sur le terrain et en ligne. La candidate à la mairie, Anaïs Belouassa-Cherifi, a fait état sur X de menaces de mort et du climat inquiétant créé par certains opposants, allant jusqu’à évoquer un « climat dangereux » fomenté par des partisans d’extrême droite.
D’après des analystes, la tragédie ne semble pas affecter sérieusement les intentions de vote pour La France insoumise, dont la visibilité à Lyon demeure limitée. Meltz suggère que, malgré une baisse à 8 % dans les sondages, il pourrait y avoir un mouvement de vote utile vers d’autres candidats, renforcé par les récents événements. Paul Bacot, quant à lui, estime que si des voix sont perdues, cela risque davantage de profiter à l’abstention qu’à ses concurrents directs.
Il souligne également qu’il sera crucial de voir comment Anaïs Belouassa-Cherifi relancera sa campagne face à la montée de la haine en ligne et si cela se traduira par des conséquences réelles lors du vote. Un meeting avec Jean-Luc Mélenchon était prévu prochainement pour galvaniser les troupes.
Une situation sur le long terme plus dangereuse
D’un point de vue plus large, les politologues notent que le décès de Quentin pourrait compliquer les ambitions de La France insoumise d’accroître son enracinement local, surtout dans d’autres municipalités. Meltz met en avant que cette situation pourrait inverser le regard des électeurs sur le parti, tandis que l’extrême droite pourrait en sortir renforcée dans son image en tant que victime d’une violence perçue comme étant directement liée à la gauche.
Ce retournement de la situation est accentué par la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national. Romain Meltz conclut que cet incident peut redéfinir le paysage politique à Lyon, et évoque comment les tensions historiques entre les extrêmes se manifestent à nouveau, rendant l’environnement politique encore plus volatile.