Lyon, entre violence politique et montée de l'extrême droite : l'enquête après la mort de Quentin Deranque

Lyon, entre violence politique et montée de l’extrême droite : l’enquête après la mort de Quentin Deranque

18.02.2026 02:56
3 min de lecture

Lyon, souvent qualifiée de « capitale de la Résistance », est aujourd’hui régulièrement décrite comme « la capitale des fachos ». Cette expression, bien que caricaturale, illustre une réalité qui va au-delà de l’actualité entourant le décès de Quentin Deranque, étudiant de 23 ans impliqué, selon le collectif Némésis, dans son service d’ordre, mort après une violente agression jeudi dernier. Mardi soir, neuf personnes ont été interpellées, dont Jacques-Elie Favrot, attaché parlementaire de Raphaël Arnault. L’enquête en cours devra établir les responsabilités, rapporte TopTribune.

Cet incident, présenté comme un affrontement entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche, n’est pas un fait isolé. Il s’inscrit dans une longue histoire d’implantations militantes, de confrontations récurrentes et d’une réponse jugée insuffisante des pouvoirs publics. Romain Jeanticou, dans son ouvrage Terres de luttes, publié en 2023, explore comment Lyon est devenue un bastion de l’extrême droite et un « laboratoire de l’antifascisme ».

Une particularité lyonnaise

« Le niveau d’intensité de la violence politique à Lyon est particulièrement unique », affirme Jeanticou. Ce constat englobe non seulement les affrontements physiques, mais également les agressions, attaques de locaux, intimidations et saccages. Cette spécificité est, selon lui, largement due à une très forte présence de divers courants d’extrême droite.

Depuis les années 2010, plusieurs groupuscules ont pris racine dans la ville, parmi lesquels Génération identitaire et le Bastion social. Jeanticou note : « À Lyon, on trouve 50 nuances d’extrême droite, des catholiques intégristes aux identitaires, ayant pour point commun un rejet de l’autre ». Pourtant, malgré l’acuité de la militance droitière, le Rassemblement national n’a jamais vraiment réussi à s’implanter solidement dans la ville. Lyon reste majoritairement une ville de gauche, ce qui a permis à des structures plus radicales de perdurer.

Le positionnement géographique de ces groupuscules a également changé. Jadis présents dans le quartier d’Ainay, ils se sont désormais établis dans le Vieux Lyon, où ils s’approprient le patrimoine historique, en le présentant comme une mise « en scène identitaire ». « Pour eux, le Vieux Lyon est l’incarnation d’un Lyon blanc, européen, civilisationnel », souligne Jeanticou.

Des racines profondes

Le choix de Lyon comme bastion d’extrême droite trouve ses sources dans une tradition catholique conservatrice très ancrée et une bourgeoisie influente. Dans les années 1930, la ville devient un point d’ancrage du Parti populaire français, d’inspiration fasciste. L’Action française, mouvement royaliste antisémite, y a également établi son fief durant la Seconde Guerre mondiale.

À partir des années 1980 et des succès électoraux du Front national, Lyon se transforme en un « laboratoire intellectuel » pour l’extrême droite, notamment grâce à des enseignants négationnistes actifs au sein des universités Lyon 2 et Lyon 3. Cela a participé à l’émergence d’une « légitimité universitaire idéologique » en faveur de ces idées.

Une violence régulière

La singularité de la violence politique à Lyon se manifeste également par sa répétition. Jeanticou indique que ces dernières années, la ville a connu des attaques quasi mensuelles visant des locaux, des manifestations, et d’autres cibles associées à la gauche. « Historiquement, la Croix-Rousse est le pôle militant de Lyon, avec une concentration de structures de gauche et d’extrême gauche », explique l’auteur.

Si certaines agressions ont abouti à des condamnations, la plupart restent impunies. Selon Jeanticou, l’ancien maire Gérard Collomb a souvent minimisé la question de la violence d’extrême droite pour préserver l’image de la ville, contribuant ainsi à un climat de tension. « Lyon est unique en France pour son niveau de violence politique, et cette situation génère des réactions, des formes d’organisation défensives », conclut-il.

La réponse des groupes antifa

Face à cette montée de l’extrême droite, les milieux militants de gauche ont développé des réponses variées au fil des décennies. Initialement perçu comme secondaire par l’extrême gauche, l’antifascisme a pris de l’importance face à la montée des agressions physiques. Si Lyon est vue comme « la capitale militante de l’extrême droite », elle est également « un laboratoire de l’antifascisme ». Des collectifs ont été créés pour protéger les manifestants et les espaces ciblés par l’extrême droite.

Dans les années 2010, un large éventail de syndicats, partis et associations se sont regroupés sous la bannière du Collectif 69, vigilants contre l’extrême droite. Leurs actions englobent la fermeture de locaux d’extrême droite, des formations à l’autodéfense, ou des confrontations physiques.

Une violence systémique

Jeanticou souligne que la violence imposée par l’extrême droite nécessite une réponse collective. Des groupes comme le Planning familial se forment à l’autodéfense, et même si la confrontation physique est aussi pratiquée, elle ne constitue qu’une partie des actions entreprises.

Cette dynamique souligne que l’antifascisme s’épanouit là où l’extrême droite est active, comme en témoignent les nombreux mouvements qui émergent en réponse à la violence d’extrême droite. Pour Jeanticou, la banalisation de ces discours extrêmes dans le débat public dérive vers des conséquences plus larges, potentiellement ressenties dans d’autres villes de France à l’avenir.

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