Antisémitisme : Emmanuel Macron peut-il accuser La France insoumise sans risques juridiques ?

Antisémitisme : Emmanuel Macron peut-il accuser La France insoumise sans risques juridiques ?

17.02.2026 18:56
2 min de lecture

Emmanuel Macron a accusé le parti La France insoumise (LFI) de commettre des infractions, en mettant en avant des positions antisémites, lors d’une interview diffusée le 15 janvier 2026 sur Radio J. Cette déclaration a immédiatement été critiquée par Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, qui a exprimé son regret de ne pas pouvoir intenter un procès en diffamation contre le président en raison de sa responsabilité constitutionnelle. La question se pose alors de savoir si le président peut accuser un parti politique d’un délit sans risquer des poursuites, rapporte TopTribune.

Une parole totalement irresponsable ?

Les interventions d’Emmanuel Macron se caractérisent par une grande liberté d’expression. Le président a déjà fait usage de cette liberté de manière controversée durant son premier mandat. Cependant, en accusant LFI d’un délit grave, Macron pourrait franchir une ligne. L’injure publique due à la religion est passible de sanctions pénales, et les accusations de discrimination ou incitation à la haine peuvent entraîner des peines d’emprisonnement significatives.

Quoi qu’il en soit, LFI doit se défendre contre cette accusation, mais le président ne peut être poursuivi en justice à ce titre. En effet, l’article 67 de la Constitution stipule que « aucune action ne peut être engagée contre le chef de l’État pour des actes accomplis en qualité de président, même après la fin de son mandat ».

LFI classée à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur

Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de tensions politiques, exacerbées par la récente classification de LFI comme parti d’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, à un mois des élections municipales. Macron a soutenu que certaines positions de LFI s’opposaient aux principes fondamentaux de la République, ajoutant qu’il y a des expressions antisémites au sein du parti qui doivent être combattues. Les accusations se sont intensifiées dans un climat déjà tendu, marqué par la mort d’un militant identitaire à Lyon, dont les auteurs présumés seraient liés à des groupes d’extrême gauche.

Pierre Egéa, expert en droit public, confirme que les commentaires de Macron bénéficient de l’irresponsabilité présidentielle. « Le président, pour les propos qu’il tient pendant l’exercice de ses fonctions, ne peut absolument pas être poursuivi, et tant mieux d’ailleurs », a-t-il déclaré, soulignant que cette protection vise à garantir un exercice libre de ses fonctions.

Deux exceptions

Il existe toutefois des exceptions qui pourraient conduire à des poursuites. Le président pourrait être jugé par la justice nationale uniquement dans deux scénarios : s’il était poursuivi par la Cour pénale internationale pour des crimes graves ou s’il était destitué par le Parlement pour manquement à ses devoirs. Cette procédure de destitution vise à préserver l’intégrité de l’État contre une éventuelle trahison du président.

Précédemment, LFI avait tenté une procédure de destitution à l’été 2024, lorsque Macron avait refusé de nommer Lucie Castet comme Première ministre après les élections législatives. Cette tentative n’a pas abouti.

Un président n’est pas intouchable… pour toujours

En résumé, bien que des plaintes pour diffamation ou injure puissent théoriquement être déposées contre le président, elles n’aboutiraient probablement pas en raison de son statut protégé. Les commentaires de Macron pourraient ne pas être jugés punissables, selon les experts, car ils relèvent d’un débat politique. Il est important de noter que Macron n’est pas irresponsable d’actes qui ne relèvent pas de sa fonction, comme l’illustre la condamnation de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bygmalion.

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