Les femmes au Moyen Âge : des actrices méconnues de l’écriture
Au début de la période médiévale, seules une petite minorité de personnes maîtrisaient l’écriture. Ainsi, parmi cette élite, des femmes ont su s’illustrer et participer à la culture écrite de leur temps, contredisant le stéréotype d’une époque où les femmes étaient reléguées à l’arrière-plan, rapporte TopTribune.
Le Moyen Âge, souvent perçu comme une ère sombre pour les femmes, les voit cloîtrées dans des monastères ou soumises à leur mari. Ce cliché, renforcé par la Renaissance et les Lumières, ne reflète pas la réalité de la condition féminine durant cette époque. Dès la chute de l’Empire romain en 476, certaines femmes occupent des positions de pouvoir et d’influence, accédant à des ressources économiques et culturelles dont on néglige trop souvent l’importance.
Des recherches récentes, notamment présentées dans le livre La Vie des femmes au Moyen Âge – Une autre histoire, VIe-XIe siècle (Perrin, février 2026), révèlent que, malgré un faible taux d’alphabétisation, les femmes ont joué un rôle crucial dans la transmission de la lecture et de l’écriture. Elles ont non seulement participé à la culture, mais ont également été des actrices essentielles de l’alphabétisation au sein de leur communauté.
Apprendre à écrire
Écrire nécessite d’avoir appris à tracer des lettres avec précision. À cette époque, de nombreuses personnes savaient lire sans être capables de rédiger un texte complexe. L’alphabétisation médiévale se concentre ainsi sur un vaste spectre de pratiques. La maîtrise de l’écriture est réservée à une élite, laïque ou ecclésiastique, incluant des professionnels de l’écrit comme les notaires, dont le rôle se renforce à partir du XIIe siècle.
Dans l’aristocratie, certaines femmes reçoivent une éducation poussée, souvent parce qu’elles sont responsables de l’éducation de leurs enfants. Par exemple, Mathilde, épouse du roi Henri Ier de Germanie, savait lire et écrire, contrairement à de nombreux hommes de son époque.
Copistes et autrices
Les monastères féminins, en effet, abritent un nombre considérable de femmes lettrées. Elles s’illustrent en copiant des manuscrits, activité essentielle à la diffusion des savoirs avant l’invention de l’imprimerie. On estime qu’environ 1% des manuscrits médiévaux ont été réalisés par des femmes. Bien que ce chiffre semble faible, il souligne la contribution significative de ces femmes dans le paysage littéraire médiéval.
Les moniales ne se contentent pas de copier ; certaines composent des œuvres innovantes. Les genres littéraires qu’elles abordent sont divers : hagiographies, poésies, traités ou même théâtres, comme en atteste Hrotsvita de Gandersheim, considérée comme la première poétesse allemande.
Une écriture « féminine » ?
L’étude des écrits féminins médiévaux a longtemps été teintée de suspicion. Au XIXe siècle, la découverte des œuvres de Hrotsvita a suscité des doutes quant à leur authenticité. Ce n’est que bien plus tard, dans les années 1980, que les chercheurs ont commencé à porter un regard sérieux sur les contributions littéraires des femmes médiévales. L’idée que l’écrit féminin diffère de celui des hommes est parfois avancée, bien que les similitudes l’emportent souvent sur les différences.
Au fur et à mesure que les siècles avancent, l’écriture des femmes semble devenir plus contrainte, les limitant parfois à des genres spécifiques. Des réformes religieuses et la montée des universités excluent progressivement les femmes de plusieurs domaines du savoir. Les écrits mystiques, particulièrement, témoignent d’une recherche de proximité avec la divinité, mais souvent rédigés par des scribes masculins, illustrent la complexité de l’authorship féminine dans cette période.