Un plan national contre l’infertilité en France
Le président Macron a annoncé lors d’une conférence de presse le 16 janvier dernier un grand plan contre l’infertilité, en réaction à une baisse sans précédent des naissances en France, atteignant un niveau le plus bas depuis 1945, rapporte TopTribune.
L’une des principales causes de cette situation est l’infertilité, un phénomène mondial et multifactoriel. Selon un rapport remis au gouvernement en février 2022, dirigé par le Pr. Samir Hamamah, chef du service biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, 3,3 millions de personnes sont touchées en France parmi les adultes âgés de 20 à 49 ans.
Il est important de définir l’infertilité, qui est diagnostiquée lorsqu’un couple n’obtient pas de grossesse après 12 à 24 mois de rapports sexuels réguliers sans contraception, note Ameli.fr.
L’âge plus tardif de la maternité
Le rapport du Pr. Hamamah souligne qu’« En 2019, les Françaises avaient leur premier enfant à 29 ans en moyenne. La fertilité déclinant progressivement à partir de 30 ans, les maternités dites ‘tardives’ augmentent mécaniquement le risque d’infertilité ». En effet, l’insuffisance ovarienne est la première cause d’infertilité chez la femme après 35 ans.
Une étude de l’Ined publiée dans le rapport montre que « si le risque d’infertilité touche environ 1 couple sur 4 à 30 ans, il monte à 1 couple sur trois à 35 ans (34 %) et à plus d’un couple sur 2 à 40 ans (56 %) ».
Face à cette problématique, de nombreux couples envisagent l’Aide médicale à la procréation (AMP), bien que les chances de succès diminuent avec l’âge. Le rapport conclut que « l’ignorance de nombreux couples sur la réalité du déclin de leur fertilité avec l’âge, conjuguée avec une confiance excessive dans les techniques d’assistance médicale à la procréation, se traduit par une demande d’accompagnement médical de plus en plus tardif, limitant ainsi les taux de succès ».
Une qualité du sperme en déclin
Un autre facteur contribuant à l’infertilité est la dégradation progressive de la qualité du sperme. Selon une étude de Santé publique France publiée en 2018, la concentration spermatique a diminué de 32,2 % entre 1989 et 2005.
Cette chute de la concentration pourrait être expliquée par plusieurs facteurs, dont l’exposition aux pesticides, notamment aux glyphosates. Le Dr. Fleur Delva, coordinatrice de la plateforme Artemis au CHU de Bordeaux, souligne également d’autres expositions environnementales, comme la chaleur et les rayonnements ionisants, qui affectent la spermatogénèse.
Elle indique également que le mode de vie sédentaire peut avoir des effets négatifs sur la fertilité masculine. « Nous considérons comme plausible que la posture assise prolongée ait des effets néfastes, et nous conseillons de faire des pauses toutes les deux heures », précise l’épidémiologiste.
Les perturbateurs endocriniens
Les perturbateurs endocriniens (PE), présents dans notre environnement quotidien, sont soupçonnés de dérégler le système hormonal, entravant ainsi diverses fonctions, notamment la reproduction. « Un perturbateur endocrinien désigne une substance qui altère les fonctions du système endocrinien, induisant des effets néfastes dans un organisme intact », selon la définition de l’OMS en 2002.
Le rapport du Pr. Hamamah précise que ces substances interfèrent avec les processus régulant développement et reproduction, produisant souvent des effets fonctionnels à long terme. Toutefois, les scientifiques peinent à quantifier ces effets car les PE disparaissent rapidement de la circulation sanguine, rendant ainsi difficile l’établissement d’un lien de cause à effet.
Substances reprotoxiques identifiées
Avec son équipe, le Dr. Delva a recensé les substances reprotoxiques, s’appuyant sur des outils scientifiques. « Nous avons identifié huit familles de substances potentiellement délétères pour la fertilité », déclare-t-elle, avec un total de 185 substances classées comme facteurs de risque reprotoxiques avérés ou présumés.
Les populations sont largement exposées à plusieurs de ces substances, selon l’étude Esteban de Santé publique France. Les résultats soulignent une imprégnation généralisée du sang et des fluides corporels humains pour six familles de polluants, y compris les bisphénols et les phtalates.
Facteurs de risque évitables
Le rapport souligne également l’effet néfaste du tabac sur la fertilité, précisant que « le tabagisme réduit la fertilité des hommes et des femmes, multipliant par deux le risque d’infertilité des deux sexes ». Il est également avéré que le cannabis impacte significativement la spermatogenèse et l’ovulation.
Des liens entre consommation d’alcool et fertilité existent, mais établir un rapport direct de cause à effet reste complexe, bien que les effets délétères sur la grossesse soient clairement prouvés.
Le mode de vie et ses implications
Enfin, des chercheurs s’intéressent aux impacts de mode de vie, de sédentarité, de sommeil, d’alimentation et de stress sur la fertilité. « Une étude marseillaise examine l’effet du tabac, de l’alcool et d’autres facteurs sur la réussite de la FIV », conclut le rapport, soulignant l’importance de l’adoption d’un mode de vie optimal avant une grossesse.