Le remboursement des protections menstruelles durables, qui est destiné aux jeunes femmes et aux populations les plus vulnérables, reste en attente de sa mise en œuvre. Bien qu’inscrit dans le budget 2024 adopté à la fin de 2023, cette initiative dépend d’un décret d’application toujours non publié. Face à ce blocage administratif, plusieurs dirigeantes d’entreprises spécialisées ont récemment alerté le gouvernement sur l’urgence de la situation, rapporte TopTribune.
Le remboursement des protections menstruelles réutilisables voté
Le cadre budgétaire établit clairement que le budget de la Sécurité sociale pour 2024 inclut le remboursement partiel de certaines protections menstruelles réutilisables, telles que les culottes menstruelles et les coupes menstruelles, pour les femmes de moins de 26 ans ainsi que pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. L’objectif déclaré est de diminuer les coûts liés aux règles et de combattre la précarité menstruelle.
Cependant, dans la réalité actuelle, aucune prise en charge n’est encore mise en place. Ce manque résulte de l’absence de décret d’application essentiel, qui est nécessaire pour établir les conditions précises du remboursement. En l’absence de ce texte légal, les produits concernés ne peuvent pas être référencés, empêchant ainsi le déclenchement des circuits de remboursement.
Ce décalage entre les annonces politiques et la réalité administrative crée un flou, même parmi les professionnels de santé, qui ne disposent d’aucune directive utile à cet égard.
Lettre ouverte au gouvernement : les fabricants dénoncent un remboursement bloqué
Ce décalage entre les promesses budgétaires et les faits a conduit plusieurs acteurs du secteur à se manifester publiquement. Dans une lettre ouverte adressée à plusieurs ministères le 13 janvier et consultée par l’AFP le 30 janvier, plusieurs dirigeantes d’entreprises produisant des protections menstruelles durables, telles que Léocadie Raymond, Pauline de Sentenac, et Marion Goilav, interpellent directement le gouvernement.
Leur correspondance évoque une « urgence sanitaire et sociale » et souligne que l’absence de décret entrave l’accès à des protections adaptées pour un large public. Les signataires affirment que les entreprises sont prêtes, avec des produits disponibles, une capacité de production suffisante, et des circuits de distribution opérationnels.
D’après elles, le blocage réside uniquement dans le domaine administratif, alors même que cette mesure figure dans le budget depuis plus d’un an.
Pouvoir d’achat et santé : pourquoi l’absence de remboursement pèse encore
Pour les consommatrices, les répercussions sont réelles. La précarité menstruelle demeure un problème majeur en France, touchant en particulier les étudiantes et les femmes en situation de vulnérabilité économique. Les pouvoirs publics estiment régulièrement que près de 4 millions de femmes rencontrent des difficultés à accéder aux protections périodiques.
En l’absence de remboursement, le prix des protections menstruelles continue d’affecter le budget mensuel, forçant parfois des choix difficilement conciliables avec la santé ou le quotidien. La mesure inscrite dans le budget 2024 devait représenter une réponse structurelle en intégrant ces produits dans le système de santé général.
L’absence de décret prolonge ainsi une situation d’inégalité d’accès, malgré la décision politique prise officiellement.
Protections réutilisables : ce que le retard du décret change pour les consommatrices
Au-delà du remboursement, le manque de clarté réglementaire freine également l’adoption des protections réutilisables. Ces produits, conçus pour être durables sur plusieurs années, sont souvent présentés comme plus économiques à long terme par rapport aux protections jetables.
En l’absence d’un cadre clair et d’une prise en charge effective, de nombreuses consommatrices hésitent à faire le pas vers ces alternatives. Du point de vue des fabricants, cette incertitude complique également les investissements et la prévisibilité économique, malgré une demande potentielle existante.
Le retard du décret ne bloque donc pas uniquement le remboursement : il freine aussi le développement d’une alternative durable, tant sur le plan économique qu’environnemental.