Les oiseaux marins, victimes de la pollution persistante de l’Erika
Alors que l’écosystème marin continue de souffrir, des oiseaux marins récemment secourus sur les côtes bretonnes témoignent des conséquences durables du naufrage de l’Erika en 1999. Deux jours après le drame, un guillemot de Troïl, couvert de pétrole, signalait la catastrophe écologique qui avait dévasté jusqu’à 80 % de sa population. Environ 150 000 à 300 000 oiseaux auraient perdu la vie à la suite de cette marée noire qui avait souillé 400 kilomètres de côtes, du Finistère à la Vendée, rapporte TopTribune.
Vingt-six ans après le naufrage, de nouveaux cas alarmants de contamination sont apparus. Depuis l’automne dernier, une trentaine d’oiseaux, touchés par les fuites issues de la carcasse de l’Erika, ont été recueillis par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Cependant, les chances de leur réhabilitation restent minimes.
« Le nettoyage, c’est un peu l’opération de la dernière chance », souligne Romain Morinière, directeur de la station de la LPO à l’Ile Grande (Côtes-d’Armor). Depuis le début 2025, l’établissement a accueilli 17 oiseaux en janvier, blessés par le pétrole auspicé par l’Erika. « Des oiseaux mazoutés, on en reçoit malheureusement tous les hivers. Depuis 2019, nous en avons recueilli 400. La situation actuelle avec l’Erika est préoccupante, mais ces dernières années, d’autres incidents avec des pétroliers comme le Tanio –qui a sombré en 1980– ou des sources d’hydrocarbures indéterminées ont également posé des problèmes », ajoute-t-il.
La lutte contre les effets du pétrole
Les récentes semaines ont vu le sauvetage de macareux moine, de guillemots de Troïl, de petits pingouins torda ainsi que de fous de Bassan, tous présentant des plumes souillées par une substance toxique. Les perspectives de survie pour ces oiseaux sont sombres. « C’est impossible à dire combien s’en sortiront. Les chances de survie sont faibles, souvent infimes. Les oiseaux recueillis sont généralement très affaiblis, malnutris et en hypothermie », déclare Morinière.
Le pétrole affecte la capacité d’imperméabilité des oiseaux marins, causant des problèmes d’isolation thermique. Ce phénomène s’avère fatal, car sans une couche d’air entre leur corps et les plumes, ces oiseaux deviennent vulnérables aux basses températures des océans. « C’est comme leur couverture de survie. Si on leur enlève, ils ne peuvent pas lutter », précise-t-il.
Dangers supplémentaires : l’intoxication des oiseaux
En tentant de nettoyer leur plumage, les oiseaux se retrouvent souvent à ingérer du fioul, entraînant une intoxication. Cette ingestion, combinée à la dénutrition, les empêche de chasser et de se nourrir. Offrant une aide essentielle, les équipes de la LPO doivent parfois gaver les oiseaux malades pour les aider à retrouver leur vitalité, sans garantie de succès. « Le lavage impose un stress considérable aux animaux. Manipuler un animal sauvage n’est jamais anodin », avertit Morinière.
Face à cette situation critique, la Ligue de protection des oiseaux exhorte les citoyens à ne pas tenter de nourrir ou de laver un oiseau souillé ou blessé. En cas de rencontre avec un oiseau affaibli, il est recommandé de contacter la station LPO la plus proche. En Bretagne, SOS Faune Sauvage est une ressource précieuse, disponible sept jours sur sept, pour donner des conseils sur la façon de gérer ces rencontres malencontreuses.
La situation illustre également la vulnérabilité persistante de la faune marine face aux catastrophes environnementales, soulignant le besoin urgent d’une protection renforcée des océans et des initiatives pour prévenir de futurs incidents de pollution.