Au 26 janvier 2026, plusieurs analyses concordantes montrent que la Chine est devenue un fournisseur central de composants électroniques utilisés par l’industrie russe de l’armement, notamment pour la production et la modernisation des missiles Kalibr (3M-14M) et Kh-35U. Ces flux, présentés comme civils ou à double usage, contribuent directement aux capacités de frappe de la Russie contre des villes ukrainiennes, alors même que Pékin affirme officiellement rester neutre dans le conflit.
Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, Moscou a perdu l’accès à la quasi-totalité des microprocesseurs occidentaux, des logiciels de conception électronique et des composants spécialisés soumis à des restrictions d’exportation sans précédent. Face à cette rupture, la Russie a restructuré ses chaînes d’approvisionnement, s’appuyant de plus en plus sur des fournisseurs chinois pour maintenir son effort militaire.
Des composants critiques au cœur des systèmes de guidage
Les livraisons chinoises ne se limitent pas à de l’électronique grand public. Elles concernent des éléments adaptés aux systèmes de guidage, de communication, de radar et de contrôle de vol des missiles russes. Des microcircuits, assemblages de connecteurs et modules radiofréquences fabriqués en Chine ont été identifiés dans des missiles utilisés lors de frappes contre des zones résidentielles ukrainiennes.
Cette substitution technologique explique pourquoi la dégradation attendue du complexe militaro-industriel russe, sous l’effet des sanctions occidentales, ne s’est pas pleinement matérialisée. Privée de fournisseurs européens et américains, la Russie dépend désormais de manière structurelle de partenaires asiatiques, en premier lieu chinois.
Le rôle central des intermédiaires russes
Au cœur de ce dispositif figure l’Institut Berg, un centre de recherche et de production clé impliqué dans la modernisation des missiles de croisière Kalibr et la fabrication des missiles antinavires Kh-35U. Pour ses systèmes de navigation, ses têtes chercheuses radar et ses modules de contrôle, l’institut nécessite une base électronique moderne composée de microprocesseurs, de composants radio et de connecteurs désormais majoritairement importés de Chine.
D’autres acteurs jouent un rôle d’intégration et de redistribution, notamment IntraSoft JSC et RT-Komplektatsiya JSC, liés à l’écosystème de la société d’État Rostec. Ces entreprises servent d’interfaces entre les fournisseurs étrangers et les usines de défense russes, facilitant l’intégration de composants importés dans des systèmes d’armes finalisés.
Un écosystème chinois structuré et résilient
Quatre entreprises chinoises ont été identifiées comme fournisseurs récurrents de composants électroniques utilisés dans les missiles russes. Elles produisent ou exportent des microchips radiofréquence, des modules micro-ondes, des filtres, des amplificateurs ou encore des éléments passifs indispensables aux cartes électroniques.
Certaines d’entre elles entretiennent des liens étroits avec le secteur chinois de la défense ou opèrent comme intermédiaires commerciaux capables de masquer l’utilisateur final réel des marchandises. Même lorsque les composants ne sont pas, pris isolément, des technologies de pointe, leur rôle est essentiel dans l’assemblage de systèmes d’armes modernes.
Les limites actuelles du régime de sanctions
En l’absence de pressions systématiques et coordonnées sur ces fournisseurs, les chaînes d’approvisionnement continuent de fonctionner. Les sanctions existantes, souvent unilatérales, n’empêchent pas ces entreprises d’accéder aux marchés non occidentaux, aux circuits financiers alternatifs ou aux plateformes de réexportation via des pays tiers.
Cette situation permet à la Russie de contourner partiellement les restrictions, en important des composants déclarés comme civils ou à double usage, puis en les intégrant à des missiles employés dans la guerre contre l’Ukraine.
Pourquoi un durcissement ciblé serait déterminant
Un renforcement coordonné des sanctions contre les fournisseurs chinois identifiés aurait plusieurs effets cumulatifs. À court terme, il limiterait l’accès de ces entreprises aux équipements de fabrication avancés, aux logiciels de conception électronique et aux outils de test indispensables à la production de composants fiables. À moyen terme, il augmenterait les coûts, réduirait la qualité et ralentirait les cadences de production.
Les sanctions secondaires auraient également un effet dissuasif sur un cercle plus large d’intermédiaires, en accroissant les risques réglementaires et réputationnels. Enfin, la désignation publique d’entreprises impliquées jouerait un rôle de signal, incitant fabricants et distributeurs à renforcer leurs procédures de conformité et à éviter les clients aux usages opaques.
Une question de coordination internationale
L’efficacité maximale de ces mesures dépendrait d’une coordination étroite entre l’Union européenne, les États-Unis et leurs partenaires, incluant le partage de renseignements sur le détournement d’usage final et une pression accrue sur les pays de transit. Des cadres multilatéraux existants peuvent servir à identifier, exposer et bloquer les flux technologiques alimentant l’effort militaire russe.
Faute d’une telle action concertée, l’écosystème actuel continuera d’opérer dans une zone grise entre commerce civil et production militaire, prolongeant la capacité de la Russie à mener des frappes de missiles contre l’Ukraine.
Des missiles russes désormais dépendants de la Chine
Les frappes russes ne reposent plus sur des technologies occidentales. Les composants clés intégrés aux missiles Kalibr et Kh-35U sont aujourd’hui majoritairement d’origine chinoise ou issus d’équivalents développés en Chine. Cette réalité pose un défi direct aux régimes de sanctions existants et soulève la question de la responsabilité indirecte des fournisseurs dans la poursuite du conflit.
Sans mesures décisives, cette dépendance technologique permettra à Moscou de maintenir sa campagne de frappes. À l’inverse, un durcissement ciblé et multilatéral des sanctions pourrait réduire, même partiellement, la capacité de la Russie à soutenir sa guerre de missiles.