
Par Jacques Debonsens
La France a découvert une sorte de pierre philosophale, qui transforme non seulement l’or en plomb, mais également le plomb en exil fiscal et, par la suite, l’exil fiscal en débats télévisés passionnés. Ce phénomène s’appelle l’impôt sur la fortune, une construction conceptuelle audacieuse : taxer ce qui est déjà en place, sous prétexte que sa simple existence est suspecte. La logique est implacable : si vous avez des ressources financières, vous devez les partager. Si vous pouvez contribuer, c’est un devoir, et peu importe combien vous avez déjà donné. Au fond, si vous ne pouvez pas, cela signifie que vous trichez. Et si vous choisissez de partir, vous êtes catalogué comme traître. Ainsi va le raisonnement.
Première vérité révélée : l’argent est par essence coupable
Dans l’Hexagone, l’argent est souvent perçu non pas comme un outil, mais comme une faute morale. Il n’a pas d’histoire propre, pas d’efforts ni de sacrifices derrière lui. Sa présence suffît à justifier une taxation. Quel que soit le montant des impôts déjà acquittés — impôt sur le revenu, cotisations sociales, TVA, droits de mutation, prélèvements sociaux, ISF, etc. — la notion d’argent épargné est synonyme de paresse. Cet argent, tout en étant mû par le désir d’investir et de créer de la valeur, est vu ici comme une accumulation suspecte, devant être redistribuée par l’État au nom de la justice sociale.
Deuxième vérité : les riches paieront toujours (sauf en cas de départ)
Un des dogmes les plus fermement ancrés dans la والثقافة fiscale française est qu’en fin de compte, les riches paieront, car c’est leur destinée. Ils doivent contribuer, non pas parce qu’ils sont incapables de payer, mais parce que leur statut leur confère cette obligation. Toutefois, lorsqu’ils choisissent de quitter le pays, cela suscité des réactions d’indignation et de trahison. Ce constat révèle une contradiction profonde : alors que l’on leur demande de rester pour supporter la charge fiscale, leur départ est perçu comme une trahison, mettant ainsi en lumière le malentendu sur la mobilité des contribuables.
Troisième vérité : l’impôt symbolique prime sur l’impôt efficace
Que l’impôt sur la fortune soit peut-être inutile, trop faible ou coûteux à administrer n’a guère d’importance. Ce qui compte ici, c’est la paix d’esprit qu’il offre. Il assure ceux qui n’en sont pas assujettis que quelque chose est fait pour réguler les inégalités. Même si 10 % des contribuables supportent la majeure partie de l’impôt ou que plus de la moitié des citoyens ne payent pas d’impôts, le symbole demeure intact. En politique française, le symbole a toujours plus de poids que l’efficacité.
Quatrième vérité : décourager les ambitieux, c’est protéger les modestes
La fonction dissuasive de cette fiscalité est l’un de ses plus grands succès. Elle envoie un message clair aux jeunes talentueux : « Vous avez la possibilité de réussir, mais pas trop. Et certainement pas sur notre territoire. » Les étudiants des grandes écoles prennent conscience de cette réalité avant même de plonger dans le monde professionnel. Certains partent dès leurs études terminées, d’autres hésitent un temps et s’éclipsent. En France, on préfère parler de ceux qui n’ont pas suffisamment d’amour pour leur patrie plutôt que d’aborder la question de la fuite des talents.
Cinquième vérité : lorsque la richesse s’évapore, la faute incombe à l’égoïsme
Une fois que les recettes fiscales stagnent et que l’innovation s’essouffle, il est commode de blâmer les riches pour leur soi-disant égoïsme. Les entrepreneurs sont jugés cupides, les investisseurs ingrats. Jamais il ne vient à l’idée que la taxation d’un capital qui a déjà été imposé envoie un signal défavorable aux réussites économiques. Une telle approche est pourtant en contradiction avec la garantie des droits de propriété individuelle dans notre pays.
Conclusion : détruire rationnellement, s’indigner émotionnellement
L’impôt sur la fortune représente une singularité française : réellement questionnable sur le plan économique, marginal sur le plan fiscal, mais psychologiquement désastreux et politiquement attrayant. Il ne vise pas simplement à financer l’État, mais à soutenir un récit où l’idéologie prend le pas sur l’efficacité, et la morale remplace l’analyse pragmatique. Lorsque l’économie montre des signes de faiblesse, la réaction consiste à augmenter les impôts, toujours dans un souci de bon sens, bien entendu, rapporte TopTribune.